Lecture

Après Clausewitz

Ce livre présente les actes d’un colloque organisé en 2013 à Paris par l’Académie des sciences morales et politiques. Il inaugure une nouvelle collection de l’Académie consacrée à l’homme et à la guerre. Les auteurs de l’ouvrage sont d’éminents universitaires français issus de plusieurs disciplines (philosophie, sociologie, histoire). Leurs recherches mettent en avant diverses périodes historiques et aires géographico-culturelles; certaines se penchent aussi sur la nature et les concepts de la guerre. Le recueil montre la place centrale qu’occupe le fait guerrier dans nos sociétés humaines depuis au moins 10 000 ans. Même si ces dernières ont progressé sur le chemin d’une pacification interne, il n’en a pas été de même dans leurs relations.

La recherche de l’équilibre

Plusieurs communications se penchent sur le fonctionnement du système international durant les périodes moderne et contemporaine. On voit l’émergence en Europe d’Etats souverains qui n’acceptent plus de s’en remettre à une autorité supérieure. L’équilibre entre les puissances est recherché, ce qui conduit au rejet de toute domination (Charles Quint, Louis XIV, Napoléon Bonaparte, Allemagne impériale puis nazie). Les jeux de la diplomatie et des alliances ont certes été subtils, mais ils n’ont pas empêché la survenance de nombreuses guerres. Historiquement, les développements techniques ont aussi modifié la manière de conduire la guerre et continuent de le faire.

La Guerre froide a été caractérisée par un affrontement idéologique, politique et social qui en a fait un conflit total où une escalade cataclysmique était toujours possible. Heureusement que la politique, revenue en force dès les années 1960, a fini par s’imposer, mettant fin par la négociation à ce conflit.

L’évocation de l’esprit de la guerre, toujours jugée juste et légitime dans la Russie tsariste, est intéressante. Il est relevé que cette dernière se considérait comme un empire, dont la vocation était de s’étendre en recourant dans la mesure du possible à des moyens politiques, mais sans écarter au besoin les solutions militaires. Mais que dire d’une continuité avec la Russie soviétique et la Russie du XXIe siècle?

L’apprentissage progressif de la guerre et de la stratégie par les Etats-Unis, allant de pair avec le développement d’une structure politico-militaire complexe, est aussi instructif. La sophistication technologique du modèle américain est mise en avant ainsi que son objectif de maintenir sa primauté. Malgré des guerres épuisantes dans les années 2000 et un certain essoufflement, les Etats-Unis demeurent sans conteste la première puissance militaire mondiale. Les contraintes budgétaires du pays devraient l’encourager à adopter des engagements plus sélectifs avec des moyens adaptés mettant l’accent sur le renseignement, les drones et les forces spéciales.