«Panique»: le titre s'inscrit comme un cri silencieux, en grosses lettres blanches sur la couverture rouge. Normal, puisque ce bref récit s'ouvre sur une crise de terreur de la narratrice, tétanisée au volant de sa voiture par quelques secondes d'attente à un feu rouge. La banalité de la situation ne fait rien à l'affaire, son angoisse est totale: corps raidi, vue troublée, souffle coupé, esprit affolé, elle éprouve le sentiment humiliant d'être dépossédée d'elle-même.

Chez le même éditeur, Lydia Flem a évoqué dans Comment j'ai vidé la maison de mes parents le deuil qu'il faut faire de son passé quand on se débarrasse d'objets et de meubles reçus en héritage. Déjà traduit en allemand, anglais et italien, ce récit d'une expérience à la fois singulière et commune va l'être dans quatre autres langues. Son nouveau livre touchera tous ceux qui sont malades à l'idée d'être enfermés dans un ascenseur, une salle de cinéma, des toilettes, un tunnel…

Lydia Flem démontre sans peine que les arguments de bon sens sont sans prise sur cette maladie de l'imagination, d'autant que les catastrophes sont aujourd'hui monnaie courante. De même que sont inefficaces les exhortations du type «Un peu de volonté, que diable!». La narratrice est à la veille d'un voyage professionnel à New York. Son ennemi intime le temps scande la trentaine de séquences où elle dit ses dérivatifs, ses doutes, son découragement. La préparation d'une conférence sur la peinture ravive le souvenir d'une crise de panique, au MoMa, devant Les Demoiselles d'Avignon de Picasso, leur corps tordu et leur masque cruel.

Ce serait tellement plus simple de vivre une vie virtuelle devant son écran d'ordinateur, de renoncer à tout comme le Bartleby de Melville «qui résume toute l'angoisse du monde en une seule phrase: I would prefer not to». Ou de devenir une machine, puisque elles ont «moins de problèmes», comme le fait remarquer Andy Warhol. En dehors des médicaments, la seule parade contre la panique, c'est de recourir à autrui, car «rien ne remplace la présence d'un être humain», foi de psychanalyste!

Panique de Lydia Flem (Seuil, coll. La Librairie du XXIe siècle, 134 p.)