On peut compter sur Gianni Amelio (interview dans le Samedi culturel du 9.10.2004) pour ne pas donner dans la facilité. Lorsqu'il choisit de traiter de l'enfance handicapée, comme auparavant du terrorisme (Colpire al cuore), de la justice (Portes ouvertes), de l'Italie moderne (Les Enfants volés) ou de l'immigration albanaise (Lamerica), une profonde humanité doublée d'une belle intelligence dialectique est assurée. A la fois réaliste et réfléchi, tendre et cruel, Les Clefs de la maison remplit ce contrat, mais sans franchement emballer.

Le film narre les retrouvailles d'un père et de son fils handicapé moteur cérébral, quinze ans après qu'il l'a abandonné à sa naissance. Suite à la mort en couches de la mère, c'est une tante qui s'est occupée de Paolo. Mais lorsqu'il s'agit de se rendre à Berlin pour un traitement de rééducation, le moment est venu pour Gianni de faire amende honorable. Rongé par la culpabilité, il découvre un Paolo plus attachant que prévu, mais dont la charge reste difficile à envisager au quotidien. La rencontre avec Nicole (magnifique Charlotte Rampling), une quinquagénaire qui n'a pas hésité à se sacrifier pour sa fille pourtant plus gravement atteinte, fournira le déclic…

D'emblée, avec le passage du témoin de l'oncle au père, puis le premier dialogue entre père et fils dans le train, Amelio invite à s'identifier à ce père tiraillé. Le fils, interprété par un véritable handicapé (quoique pas dans son propre rôle), est regardé avec un évident effort d'objectivité, sans chantage aux larmes ni angélisme naïf. Même attachant, Paolo est parfois énervant, voire désespérant. Si le film pose les bonnes questions (comment faire face à un destin injuste?, et si nous étions au fond plus handicapés qu'eux?), la minceur du récit laisse le spectateur un peu sur sa faim. Dans son beau souci de réalisme «rossellinien», Amelio a fini par réaliser un film peut-être trop modeste, tant du point de vue narratif que formel. Reste au final une belle tentative qui, par comparaison, renvoie Le Huitième jour (Jaco Van Dormael, 1996) à son triste sort de produit frelaté.

Les ClEFs de la maison (Le chiavi di casa), de Gianni Amelio (Italie-Allemagne-France 2004), avec Kim Rossi Stuart, Andrea Rossi, Charlotte Rampling, Piergiorgio Favino.