Charlie Chaplin, 88 ans, 70 films et 10 000 photographies. Le Musée de l’Elysée, à Lausanne, vient de se voir confier la gestion d’un fonds d’images inestimable par la famille et l’Association Chaplin, la documentation d’une œuvre et de toute une vie. Tirages vintage et négatifs par centaines témoignent du travail du cinéaste: séquences de films, photos de plateau, visite de célébrités sur les tournages, portraits. La plupart ont été pris par les cameramen des studios Chaplin. Des clichés plus intimes complètent la collection, photos de famille ou de vacances souvent réalisées par Oona, l’épouse de Charlot.

Quelques trésors se cachent dans cet inventaire déjà précieux par l’abondance et l’exhaustivité des images qu’il contient: deux portraits de Charlie Chaplin en civil, par Edward Steichen en 1925, ainsi que l’album Keystone, répertoire des 35 premiers films de Chaplin, tournés en 1914 par le studio éponyme. Où l’on redécouvre la trame d’un film perdu: Her Friend the Bandit (lire encadré).

Sam Stourdzé, qui a pris les rênes du Musée de l’Elysée en mai dernier, a besogné pour obtenir ce dépôt à long terme, dix ans renouvelables. Le Parisien avait monté l’exposition «Chaplin et les images» en 2006 à Lausanne, cela a largement joué. De même que les projets élaborés par l’institution pour valoriser ce patrimoine photographique.

«Le Musée de l’Elysée est un pôle d’excellence en matière de conservation photographique, souligne Sam Stourdzé Nous avons cinq personnes qui travaillent au quotidien à la conservation et à la mise en valeur des collections et nous venons de créer un poste dédié au fonds Chaplin. Pour l’heure, la première tâche sera d’inventorier les 10 000 photographies, ensuite nous développerons un ambitieux programme de publications et d’expositions, a priori régulières et thématiques. Le volet pédagogique est un autre axe important. Nous allons lancer en 2012 une «Ecole du regard» destinée à faire connaître l’œuvre de Chaplin au jeune public: expositions dans les écoles, animation d’ateliers, formation des enseignants…»

Pour tout cela, l’établissement a obtenu un soutien financier d’un million de francs sur trois ans. L’Etat de Vaud figure parmi les principaux contributeurs, avec 300 000 francs. «Nous avons conscience de l’importance de ce dépôt et du rayonnement qu’apportera la présence de cette œuvre ici à Lausanne», explique Anne-Catherine Lyon, responsable de la culture au canton.

L’Association Chaplin, chargée de préserver l’œuvre du cinéaste, a également souhaité «réunir» ses archives: «Il nous semblait une très bonne idée de les avoir à Lausanne, à côté des documents papier qui se trouvent aux archives de Montreux. Que tout revienne en Suisse, près de Corsier. De plus, l’Elysée est un musée qui s’occupe uniquement de photographie, donc un lieu parfait pour la conservation, la préservation et la valorisation de ce patrimoine», ­témoigne Kate Guyonvarch, directrice de l’association basée à Paris.

Des collaborations sont d’ores et déjà prévues avec le Musée Chaplin, censé ouvrir en 2012 au Manoir de Ban, ainsi qu’avec la Cinémathèque suisse, qui possède également des films et de nombreuses affiches. Pour l’instant, les clichés voyagent entre Paris et la Cinémathèque de Bologne, dépositaire des films et chargée de numériser également les photographies.

Le dépôt de cette importante collection est capital pour une institution comme l’Elysée. «Rien ne pourra se faire autour de ces images – publication, exposition, recherche… – sans passer par nous, se félicite Sam Stourdzé. Et puis surtout, cela nous permettra d’obtenir des prêts plus facilement. Sans cela, impossible d’être dans la course. C’est parce qu’elle dispose d’une collection extraordinaire que la Fondation Henri Cartier-Bresson, à Paris, peut établir une programmation extrêmement riche. C’est une monnaie d’échange.»

Dans sa réserve, le musée lausannois conserve déjà quelques séries remarquables, telles des œuvres de Robert Capa, Adolphe Braun, Raymond Depardon ou encore Gilles Caron, déposées il y a quelques mois seulement pour cette dernière collection. «La conservation est l’un des axes principaux de mon programme à l’Elysée. C’est essentiel. Grâce au dépôt de la famille Chaplin, nous en sommes aujourd’hui à 110 144 photographies!» se réjouit encore Sam Stourdzé. Comme un kid.

Le musée et la Cinémathèque suisse organisent une projection du «Kid» le 9 février au cinéma Le Capitole, à Lausanne. Des membres de la famille Chaplin seront présents. Entrée libre mais réservation obligatoire: chaplin@cinematheque.ch

L’Elysée a obtenu un soutien financier d’un million de francs sur trois ans, dont un tiers environ du canton