Georges Simenon est mort à Lausanne il y a 30 ans. En cette «année Simenon», proclamée aussi en raison de l’anniversaire de l’esquisse de Maigret en 1929, chaque semaine, notre chroniqueur rend hommage à l’impérissable commissaire en lisant les 75 romans.

Retrouvez toutes nos chroniques au long de la lecture des Maigret.

Encore un cliché à propos des romans du cycle Maigret: il y ferait perpétuellement sombre, froid et pluvieux. L’image accolée à la saga du commissaire extrapole la noirceur du propos, fréquente, à l’ambiance régnant dans la ville, souvent Paris.

C’est tout à fait faux. Nombre d’enquêtes de Maigret commencent dans la fraicheur nouvelle de mars, le soleil de juin, voire parfois la canicule de juillet. Simenon joue de ce contraste, cela semble tenir du sadisme d’écrivain dans certains cas : il fait un temps radieux, et Maigret doit plonger dans les ténèbres d’un crime perpétré au creux de la nuit, dans les pénombres les plus crapuleuses. Mais chaque matin, Maigret reprend sa lente offensive dans une ville qui resplendit, voire qui transpire.

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Mars, le mois de Maigret

Les chiffres le prouvent. Murielle Wenger, experte ès Maigret qui anime les sites et blogs dédiés au commissaire, s’est livrée à un compte précis de la saisonnalité des enquêtes de Maigret. C’est dans son livre, portrait global du commissaire, Jules Maigret, enquête sur le commissaire à la pipe (éd. Luc Pire).

Selon Murielle Wenger, les deux mois forts de Maigret sont novembre et mars. Mais alors que 12 enquêtes se déroulent en novembre, 16 prennent place en mars. Avantage au printemps, et souvent à l'été.

Trois exemples

Trois exemples. Dans Maigret se défend: «Paris grésillait sous le soleil. Aux façades, beaucoup de volets étaient fermés pour procurer un peu de fraîcheur. Par-ci, par-là, des hommes pêchaient à la ligne, et il y avait d'autres amoureux que ceux du pont Saint-Michel, deux, en particulier, qui avaient retiré leurs chaussures et qui laissaient pendre leur pieds nus au-dessus de l'eau. Ils riaient en regardant leurs orteils, qu'ils remuaient d'ûne façon grotesque.»

Les premières phrases de Maigret et les vieillards: «C'était un de ces mois de mai exceptionnels comme on en connaît que deux ou trois dans sa vie et qui ont la luminosité, le goût, l'odeur des souvenirs d'enfance. Maigret disait un mois de mai de cantique, car cela lui rappelait à la fois sa première communion et son premier printemps de Paris, quand tout était pour lui nouveau et merveilleux.»

Vers L'Ecluse No 1:«Tous les matins, depuis dix jours, il y avait ce même soleil à l'arrière-goût acide de groseilles vertes. Le long de la Seine plus qu'ailleurs, on sentait le printemps et quand Maigret arriva quai des Célestins, il regarda avec envie un étudiant et quelques vieux messieurs qui fouillaient dans les boîtes poussiéreuses des bouquinistes.»

On va vers les beaux jours

L'experte maigretphile relève même – je corrobore – que la tendance est vers le beau. Alors que les soirs de crachin, les jours de pluie et les nuit glaciales sont assez fréquents dans les premiers romans, les suivants se passent plus souvent dans la lumière solaire et les sourires urbains – ce qui n’empêche pas, évidemment, la crudité du crime.