Musique

Climax, du garage rock cousu main

Le groupe vaudois publie un quatrième album qui voit le chanteur Raphaël Noir passer de l’anglais au français. Concert ce samedi à Vevey

Un orgue Hammond et des synthés qui crachent du groove à tout-va, des guitares abrasives qui envoient du gros son, une batterie qui ne s’ennuie pas en mode binaire. Et aussi une flûte traversière et un saxophone baryton… Nul doute, on est bien ici chez Climax, ce groupe vaudois mélodiquement renversant et volontiers déjanté – car si la musique est une chose sérieuse, on peut aussi en faire sans toujours se prendre au sérieux. Le quintet a sorti en début d’année son quatrième album et, surprise, il y passe de l’anglais au français. Ce qui dans le fond n’en est pas véritablement une, de surprise, lorsqu’on sait que le chanteur Raphaël Noir a écrit pour Jérémie Kisling, Pierre Lautomne et Sébastien Peiry.

Cette envie de changer de langue malgré des influences musicales toujours profondément anglo-saxonnes ne date pas d’hier. Cela fait plusieurs années que Raphaël Noir se disait qu’il fallait éviter la redite, se mettre en danger, et qu’un bon moyen d’apporter une nouvelle dimension à la musique de Climax – pour faire simple on parlera d’un garage rock qui n’hésite pas à puiser dans le blues et le funk – serait d’assumer ses racines francophones.

Car il n’est originaire ni de Manchester, ni de Seattle, mais de la vallée de Joux. Le musicien est un grand bavard qui, sur scène, n’hésite pas à converser avec le public; même s’il appréciait l’anglais pour son côté incantatoire, pour ses sonorités hautement compatibles avec le rock, il était conscient que ses textes pouvaient ressembler à du yogourt lorsqu’ils sont noyés dans des arrangements qui ne visent pas l’épure façon Marie Kondo. «Chanter en français nous permet de nous rapprocher de notre public cible, qui se situe quand même entre Porrentruy et Plan-les-Ouates», rigole-t-il.

«Grand machin frisé»

Le précédant album de Climax était proposé dans une boîte à vacherin pyrogravée – avec son fromage coulant pour l’édition collector! L’homme de demain est, lui, glissé dans une housse en laine. Les cinq musiciens s’y affichent dans d’improbables justaucorps tricotés main. Qu’ils portent d’ailleurs sur scène. «Mais ils nous tiennent trop chaud et ça me donne des plaques rouges, glisse Raphaël Noir. Pour les concerts en été, on va opter pour un t-shirt reprenant le motif du disque.»

Ce côté décalé est assumé, mais pousse le chanteur, organiste et compositeur à se poser constamment la question de l’équilibre entre premier et second degré. Où placer le curseur? «Je n’arrive pas à adopter une posture sérieuse. Je ne suis pas un bad boy, mais un grand machin frisé avec de grosses lunettes. Je ne serais pas crédible si je me prenais pour Jim Morrison.» Même si le résident de Champagne – d’où la flûte? – pratique l’ironie, ses textes n’en parlent pas moins de son rapport au monde. «Kurt Cobain avait un côté sombre, mais il était aussi capable de chanter en robe…»

De l’emploi du français découle un univers plus nuancé. Si Climax reste un groupe électrique, L’homme de demain est un album plus équilibré que les précédents, qui ose des parenthèses où le groupe est en dedans plutôt que seulement exubérant. «On vieillit, on a moins la fièvre, ce côté il faut tout mettre à fond, admet Raphaël Noir. On a évolué sur scène également: on joue parfois avec le vide et le silence.»


Climax, «L’homme de demain» (Climax Music). En concert le 6 avril à Vevey (Le Bout du Monde), le 13 avril à Yverdon-les-Bains (Les Citrons Masqués), le 27 avril à Saint-Maurice (La Bouche qui Rit), le 4 mai à Nyon (La Parenthèse), le 21 juin à Fribourg (Fête de la musique, grande scène).

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