Sur une croix, un adolescent est fusillé par ses camarades. Image choc. Censurée? C’est aujourd’hui que le Conseil supérieur de l’audiovisuel français (CSA) décide de concrétiser ou non sa recommandation formulée la semaine dernière.

Si les restrictions proposées deviennent effectives, le clip de la chanson «College Boy» du groupe Indochine ne pourra être diffusé à la télévision qu’à partir de minuit et uniquement sur des chaînes choisies par l’autorité de surveillance. Car péril il y a, et pas des moindres: «Incitation au meurtre, atteinte à la dignité de la personne, danger vis-à-vis du jeune public». C’est ainsi que le film a été perçu par le Conseil, explique au Temps un de ses membres.

Réalisé par le comédien, scénariste et réalisateur québécois Xavier Dolan, le clip de six minutes suscite la polémique depuis sa ­diffusion en avant-première jeudi dernier sur le site du Parisien.

Le film montre la violence à l’école au travers de l’histoire d’un adolescent maltraité par ses camarades du fait de son homosexualité. D’une simple boule de papier envoyée en cours, les cruautés finissent en fusillade où le garçon, cloué sur une croix, reçoit des dizaines de balles dans la poitrine. Tout ce temps durant, les témoins de la scène ne bronchent pas, et pour cause, leurs yeux sont bandés.

Avec «College Boy», Xavier Dolan, 24 ans, dit avoir voulu lancer un message d’alerte. Dans une interview au magazine Blague à Part, il affirme son ambition de proposer aux jeunes «une illustration concrète de la violence dont ils sont victimes, acteurs ou observateurs». Le réalisateur de J’ai tué ma mère rappelle que la grossièreté et la violence sont monnaie courante dans les clips sur les chaînes musicales, où des filles «se versent de la vodka entre les seins, enduites d’huile, en se faisant traiter de salopes par les chanteurs».

Le leader d’Indochine, Nicolas Sirkis, compare le clip avec les vidéos des campagnes de prévention de la sécurité routière, qui misent sur l’effet dissuasif des images d’accident sanguinolentes: «Pour moi, c’est la même ­démarche, c’est plus éducatif qu’autre chose.»

Prévention ou promotion?

Ce n’est pas l’avis du groupe de travail du Département de l’instruction publique (DIP) genevois, chargé de mener le projet de lutte contre le harcèlement et cyber­harcèlement: ce film-là risque de «donner des idées à ceux qui n’y pensaient pas», dit un de ses membres. D’ailleurs, «un film ne peut être à lui seul un instrument de prévention, il peut éventuellement lui servir de support».

Autre critique: le film de Xavier Dolan reste en surface des choses. La violence y est évoquée par des «symboles» alors que «le harcèlement peut être beaucoup moins visible et constituer une atteinte à la santé dans la durée». Et encore: le clip ne propose «aucune solution» au phénomène du harcèlement. La cellule genevoise soupçonne Indochine, sous le couvert de bonnes intentions, de vouloir faire le «buzz» pour vendre plus de CD».