On voit d’abord la mer, au loin, à travers une fenêtre. Puis la caméra tourne lentement et on découvre Charlie Winston, guitare à la main, assis sur un lit. Signé Ian Roderick, le clip du morceau Lost in the Memory est une merveille. Réalisé en une seule prise, donc sans montage, il suit durant six minutes le chanteur britannique se déplaçant dans une vaste demeure niçoise. C’est là qu’il logeait avec ses musiciens durant l’enregistrement de son quatrième album, Square 1, sorti en septembre 2018. Un matin, dit-il, il avait été frappé par la formidable acoustique des lieux alors qu’il arpentait les couloirs en grattant sa six-cordes.

Le tour de force de cette vidéo est, au-delà du plan-séquence qu’elle propose, le fait que Winston joue en direct, qu’il ne s’agit pas d’un play-back. Des micros ont dû être installés à différents endroits de la maison et, au fur et à mesure qu’il se déplace, le son se modifie, évolue. Puis, d’une pièce adjacente, vient une voix féminine. Celle de sa sœur, que l’on apercevra plus tard chantant dans un micro relié à une mini-enceinte, comme on verra au détour d’un plan un claviériste.

En cinéma, le plan-séquence est le plus souvent utilisé pour suivre des personnages en mouvement, le dernier exemple en date étant le phénoménal 1917 de Sam Mendes. En musique, à l’image de ce Lost in the Memory que Sony Music vient de mettre en ligne afin de raconter «l’histoire de son enregistrement pré-confinement», c’est aussi souvent le cas. On se souvient par exemple d’un clip virtuose de Justin Timberlake réalisé par l’équipe française de La Blogothèque pour le morceau Say Something. Ou, plus ancien, de Shara Nelson arpentant un quartier de Los Angeles dans la vidéo accompagnant Unfinished Sympathy, premier tube de Massive Attack.