Au printemps 1965, alors qu’il s’apprête à s’embarquer dans une mini-tournée anglaise qui culminera au prestigieux Royal Albert Hall de Londres, Bob Dylan a déjà à son actif cinq albums qui en ont fait un nouveau héros folk. Quelques mois plus tard, il sortira Highway 61 Revisited, enregistrement plus électrique, plus rock, qui déroutera certains de ses fans et marquera un premier tournant dans sa discographie.

Lorsqu’il débarque en Angleterre, Dylan est accompagné de Joan Baez (leur relation est alors à son crépuscule), mais aussi du réalisateur D. A. Pennebaker, qui, deux ans plus tard, dévoilera les coulisses de cette tournée dans Dont Look Back, qui reste aujourd’hui encore un des plus grands documentaires musicaux de l’histoire. A leur arrivée dans la capitale, le cinéaste a cette idée: mettre de côté la démarche cinéma direct de son entreprise pour mettre en scène une courte séquence accompagnant Subterranean Homesick Blues, un extrait de l’album Bringing It All Back Home, sorti quelques semaines auparavant et qui voit Dylan tenter pour la première fois de muscler sa folk, jusque-là résolument acoustique.

Des clips en une seule prise (1/5): «Lost in the Memory», de Charlie Winston

Dans une ruelle jouxtant l’hôtel Savoy, Pennebaker filme Dylan tenant une pile de pancartes sur lesquelles sont écrits des mots et expressions tirés des paroles du morceau. Le musicien, impassible, sans même faire semblant de chanter, dévoile les unes après les autres ces pancartes, qu’il jette ensuite négligemment au sol. A gauche de l’écran, au second plan, deux hommes discutent. De face, on reconnaît un imposant barbu qui n’est autre que l’écrivain Allen Ginsberg. Son interlocuteur est Bob Neuwirth, un chanteur folk proche de Dylan. La séquence, présentée au début de Dont Look Back et souvent copiée ou parodiée, est considérée comme l’acte de naissance du vidéoclip moderne.