Roman

Le clochard qui buvait les étoiles

«Frère des astres», une vie de saint d’aujourd’hui

Qui est ce vagabond, ce clochard qui marche sur les routes et qui ne sent pas bon? Qui est cet homme qui marche sur les routes les pieds en charpie, apaise les malades et parle aux étoiles? Depuis l’enfance, Benoît est différent. Dans son village d’Amettes, au nord de la France, «on l’appelle l’autiste ou le babache». Le psychiatre lui demande d’avaler des cachets à heure fixe. Le diagnostic est flou. Il s’ennuie en classe mais lit et relit les Evangiles. Il écoute Nirvana aussi, comme tout adolescent de 1992. Il part dans la campagne et prie au sommet des collines. Il n’est pas dans les mots. «Le monde remue dans son silence.» Au point que toutes les maisons s’ouvrent sur son passage. Il appelle les confessions. Jusqu’au jour où il décide de prendre la route. D’embrasser le monde, de tout son être.

Routard délicat

Ainsi débute Frère des astres, libre transposition dans la France d’aujourd’hui de la vie de saint Benoît Labre, «doux parmi les doux», né à Amettes en 1748. L’auteur, Julien Delmaire, est connu comme poète. Il déclame et slame ses textes depuis une quinzaine d’années sur les scènes de France et au-delà. Il a cinq recueils publiés, dont le dernier qui vient de paraître, Rose-Pirogue (Mémoire d’encrier, 2016).

Frère des astres est son deuxième roman. On y retrouve un sens du rythme, une chaloupe des mots qui claquent et coulent dans les pas de Benoît. Comme une étoffe d’où percent des éclats de couleurs, des brassées olfactives, les phrases enrobent la marche du pèlerin, de sa froide campagne d’enfance aux extases du sud de la France. Car tel un sadhu hindou, Benoît va aller de plus en plus vers le détachement, de plus en plus vers la nudité. «Routard délicat» au début, craignant la pluie, prenant soin de ses chaussures, il se retrouve dans les bidonvilles autour de Paris, enrôlé par un grippe-sou. Toujours il reprend la route.

Au fil de la marche et des années, au gré des prières, il s’allégera au point de se faire plante, animal, cours d’eau, nuage. Connecté au cosmos, il apaise les malades, calme les furieux, aplanit les torrents. Ces pages, entre l’Ardèche et la mer, gorgées de thym, de crépuscules, de maquis, comptent parmi les plus fortes. Avec cet épisode, qui reste en mémoire: la peau couverte de blessures suppurantes, Benoît s’allonge près d’un cours d’eau quand une nuée de papillons le recouvre à la façon d’un nuage polychrome. Les sucs du Machaon, du Point de Hongrie et du Citron de Provence vont soigner les escarres et lui donner une peau neuve. De quoi marcher encore, jusqu’à l’effacement.

Julien Delmaitre, Frère des astres, Grasset, 234 pages. Trois étoiles

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