Un animateur a dévoilé sur les ondes d’une radio américaine ce qui serait, selon lui, la composition du mythique soda. Un secret que la société garde jalousement depuis son lancement en 1886. Buzz galactique.

Selon une rumeur entretenue par Coca-Cola lui-même, la fameuse recette serait entreposée dans un coffre-fort situé dans les sous-sols de la SunTrust Bank à Atlanta, auquel un nombre très limité de responsables de la société aurait accès. Mais le week-end dernier, l’animateur de radio Ira Glass aurait donc, à l’en croire, levé le mystère en révélant aux auditeurs de This American Life sur la Chicago Public Radio, aussitôt relayée par le Daily Mail, que le Coca-Cola est composé de – énumérons: 20 gouttes d’huile essentielle d’orange, 30 gouttes d’huile essentielle de citron, 10 gouttes d’huile essentielle de muscade, 5 gouttes d’huile essentielle de coriandre, 10 gouttes d’huile de fleur d’oranger, 10 gouttes de cannelle et 227 ml d’alcool. Entre 59 et 74 ml de cet arôme baptisé «7X» sont à mélanger avec 946 ml de jus de citron, 29 ml de vanille, 44 ml de caramel colorant, 13,6 kg de sucre («histoire d’augmenter le diabète», se moque un internaute de TF1) et des extraits de feuille de coca «contenant une petite quantité de cocaïne», précise l’Agence France-Presse.

On brasse le tout dans de l’eau et l’on obtiendrait fastoche 11,3 litres de Coke. On est précis ou on ne l’est pas. Mais de toute manière, jusqu’ici, chaque fabricant sous licence de la boisson reçoit le concentré dans de gros flacons et se contente d’y ajouter de l’eau pétillante. Il y a d’ailleurs «un hic» dans cette recette, relève Ouest-France: le mélange «n’a pas le goût du Coca-Cola commercialisé aujourd’hui». «Ce qui ne signifie pas qu’il ne s’agit pas de la formule originale», ajoute Ira Glass, expliquant que, «aujourd’hui, les arômes étaient produits par des machines et que la recette originale donnait une boisson au goût de médicament fruité». Cherchez l’erreur s’il y en a une, selon vos impressions gustatives.

Pour lui, cette formule manuscrite a été découverte, de manière très romantique, dans un livre de recettes – on en trouve la photographie sur Flickr – appartenant à un pharmacien et publiée dans le quotidien The Atlanta Journal-Constitution en 1979. Livre qui était la propriété d’une connaissance de John Pemberton, l’inventeur du mythique soda, et qui a été transmis d’alchimiste en alchimiste avant d’être découvert par un journaliste de ce quotidien. Ouf, la route est longue. Evidemment, un porte-parole de la marque déposée depuis 1887 a assuré que ces révélations, ce n’était que de la daube, et qu’un des secrets – d’Etat! militaire! – les mieux gardés de la planète n’avait pas été dévoilé. Il faut dire que ce symbole de la puissance des Etats-Unis, remarque Le Post, remporte un succès qui ne se démontre plus, l’entreprise faisant partie des Dividend Aristocrats, «les rares entreprises qui ont augmenté leurs dividendes depuis plusieurs dizaines d’années. Pour Coca-Cola, cela fait quarante-huit ans…» Chaque jour, 1,5 milliard de bouteilles sont vendues dans le monde, pour un chiffre d’affaires tournant autour de 30 milliards de dollars. On voit l’enjeu...

En Suisse romande, Le Matin et 20 minutes se sont précipités dans la brèche, tout en alignant une belle théorie de points d’interrogation et de conditionnels pour le premier (à l’égal du Huffington Post) mais en affirmant avec force que le mythe n’en était désormais plus un pour le second. «Démenti? Fuite malheureuse? Nouveau gag marketing?» s’interroge prudemment, en Allemagne, le Spiegel. Buzz spectaculaire, en tout cas, le site de CBS News expliquant comment certains serveurs se seraient crashés après que les éclats de cette bombe se furent répandus, notamment en Lettonie, selon TV-NET, et en Argentine.

Le Figaro, lui, précise que «d’après l’émission de radio, la recette qu’elle mentionne correspond à une autre, autrefois découverte dans un manuel de John Pemberton, lequel se trouve dans les archives de la société». Ça se complique donc, mais «Philip Mooney, le responsable de ces archives, a déclaré […] que de nombreuses recettes similaires, voire identiques, avaient déjà fait surface par le passé. «S’agissait-il d’une ébauche? Oui, absolument», a-t-il dit. «Est-ce celle qui a été vendue? Je ne le pense pas».» Nous voilà bien avancés, et nul doute que cette publicité va doper encore un peu les muscles de la marque, estime la Gazzetta dello sport italienne. A imaginer qu’il existe un autre intérêt que celui, purement concurrentiel, à connaître les dessous du brevet le plus cadenassé du monde, imité tant de fois déjà et dans tant de pays, jusqu’aux innombrables altercolas de gauche.