Paulo Coelho vient d'être nommé à l'Académie brésilienne pour ce qu'il désigne comme son apport «littéraire et scientifique», mais qu'on devrait plutôt évaluer en termes économiques. Avec plus de 40 millions de livres vendus dans le monde entier, le «mage» est une vraie ressource nationale! Lors du Salon du livre de Genève, en mai dernier, il a pu prendre une fois encore la mesure d'une popularité qui ne cesse de croître depuis la parution de L'Alchimiste en 1988 (LT du 4 mai 2002).

Si Paulo Coelho se défend d'être un gourou, les aphorismes qui parsèment ses livres et tout son vocabulaire «magique» trahissent pourtant une idéologie héritée de Carlos Castaneda, cet ethnologue mexicain qui fit fureur dans les années 70. Il transmettait les enseignements d'un sorcier yaqui, largement repris dans l'élaboration de la «légende personnelle», concept clé du monde de Coelho.

Un monde saturé de signes qu'il faut s'exercer à décrypter pour y lire le chemin à suivre et relever les «défis» que propose la vie. On devient ainsi un «guerrier de la lumière» apte à écouter l'ange et à repousser le démon qui se disputent les destinées des hommes. L'auteur de L'Alchimiste a lui-même échappé au Mal – drogues et magie noire – avant de se convertir au Bien sur le chemin de Compostelle.

Volontiers disert, Paulo Coelho reste pourtant extrêmement vague quand on le pousse à préciser sa pensée. S'il revendique sa filiation avec Castaneda et C. G. Jung – pour ce qui est de l'inconscient collectif et des archétypes – et aime à s'inscrire dans une lignée «révolutionnaire» soft d'ancien hippie soi-disant marxisant, il affiche surtout une religiosité catholique – Lourdes, sainte Thérèse, saint Jacques de Compostelle – parfumée aux épices orientales. Adepte d'un mouvement intitulé RAM: rigueur, amour, miséricorde, il ajoute au fond chrétien un peu de bouddhisme, une touche d'hindouisme, des bribes de mystères de l'Egypte, des éléments de légendes puisées çà et là. Un flou doctrinal qui lui permet de «globaliser le spirituel» et de toucher un public quasi illimité aussi bien en Occident qu'en Chine ou en Iran.

«Je ne peux pas expliquer ce que je fais sans perdre mon innocence et casser la magie. Il faut respecter le mystère de l'existence», dit Coelho. «Ce que je sais, c'est que nous avons tous notre centimètre cube de chance. Si nous le saisissons, tout l'univers conspire en notre faveur. Il faut retrouver l'enfant en nous, lire les signes. Les anges nous protègent, ils sont l'énergie de Dieu partagée avec les vivants.»

Comme le relève Silvia Mancini, l'écrivain dose très intelligemment les tendances du New Age «tout en donnant l'impression que lui-même serait une sorte d'inspiré». En quoi sa démarche se situe aux antipodes de celle de Umberto Eco qui démystifie les courants ésotériques dans Le Pendule de Foucault par le biais d'une fiction savante.