Genre: DVD et Blu-ray
Qui ? Peter Jackson (2001 à 2003)
Titre: Le Seigneur des anneaux
The Lord of the Rings
Chez qui ? New Line/Metropolitan

Quinze disques! Le coffret en haute définition de la trilogie du Seigneur des anneaux épouse la silhouette des Hobbits: trapue, puisque ce sont les coffrets Blu-ray, plus courts que les DVD; mais bien dodue. Compter deux Blu-ray par film, et… trois DVD de bonus élaborés pour chaque volet; deux accumulant les «appendices», séquences thématiques sur la préparation et le tournage, ainsi qu’un long métrage documentaire sur le tournage de chacun des chapitres. Sans compter les commentaires, quatre par film: le réalisateur et ses scénaristes, l’équipe artistique, celle de tournage, et des acteurs.

Faisons un bref calcul: les aficionados les plus fondus, qui voudraient tout voir et entendre de ce coffret – y compris les commentaires, ce qui implique de regarder chaque film cinq fois, une pour la (re)découverte et quatre pour chaque commentaire –, devraient y consacrer au bas mot 71,3 heures. Sans compter le temps de visionnement des cartes interactives et des quelque 5500 images de dessins préparatoires et de story-board, fournies également en prime…

A l’heure de la lutte antipiratage, et du progressif glissement de la vente de films sur des platesformes légales, ce coffret du Seigneur des anneaux représente l’apogée du support physique. L’amorce de son chant du cygne, également, si l’on présuppose que le Blu-ray constitue le dernier stade de la consommation de films par le biais d’un objet matériel.

Les éditeurs poussent à l’extrême la logique commerciale consistant à amplifier l’attractivité du disque, à mettre en valeur son opulence, par contraste avec la maigre immédiateté du fichier électronique téléchargé. Le principe est donc d’ensevelir les amateurs sous la masse documentaire. La production du film – dans ce cas, de la trilogie – devient elle-même une matière à façonner, à mettre en scène, à narrer sous toutes les formes.

Bien sûr, le projet de Peter ­Jackson s’y prête à merveille. Cette colossale mise en image de la saga de J. R. R. Tolkien avait, d’emblée, l’ampleur requise pour être ainsi sanctuarisée en DVD et Blu-ray. On le comprend bien en prenant la mesure du chantier, au long des commentaires et des documents de tournage.

Le réalisateur, à la fois chef d’orchestre et patron de cette imposante PME néo-zélandaise qu’a constituée l’aventure du Seigneur, se félicite à plusieurs reprises d’avoir pu tourner les trois volets presque d’une traite, et non comme trois longs métrages isolés. Cela facilitait, entre autres, le marketing autour de l’opération, permettant de sortir les films avec seulement une année d’intervalle.

Mais ce choix rendait par ailleurs la production encore plus démesurée, nécessitant un contrôle d’une précision vertigineuse de chaque journée de travail. La nécessité de cette maîtrise, la plus précise possible, pour une réalisation impliquant autant de monde apparaît encore plus clairement lorsque l’on constate le nombre de tournages sur fond bleu, pour les effets numériques ultérieurs. Même le respectable Ian Holm, le grand Christopher Lee ou le vénérable Ian McKellen semblent se faire tout petits, dans l’immensité collective du labeur. Cette entreprise dont, dix ans plus tard, le disque se fait le dépositaire, inépuisablement.

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Petit calcul: pour absorber la totalité du coffret, dont les quatre commentaires par film, les amateurs doivent y consacrer au moins 4282 minutes, soit 71,3 heures…