DANSE

Collages sans décollage

Maud Liardon propose des «mash ups», collages entre des morceaux de rock et des extraits de chorégraphies classiques et contemporaines. Séduisant, mais trop superficiel

«Hello, hello, hello, how low». Ce refrain de «Smells like teen spririt», vous l’entendez ces jours à l’adc comme vous ne l’avez jamais entendu. Au lieu de la voix griffée de Kurt Cobain, leader de Nirvana, ce sont les voix aériennes de trois jeunes danseuses (dés)habillées de paillettes et portant des éventails en plumes d’autruche qui susurrent le titre sur fond de harpe tout en dansant Mon truc en plumes de Roland Petit. L’effet est saisissant. Et ce n’est pas la seule surprise de Mash up, création de Maud Liardon qui a pour principe d’imaginer des rencontres inattendues entre des titres de rock et des extraits chorégraphiques de tous les styles et de toutes les époques. Réussi? Séduisant, surtout. Car une fois l’étonnement passé, les séquences manquent de relance et le spectacle, dans sa globalité, manque de profondeur et de sens.

Mash up se laisse regarder sans déplaisir. On y apprécie le savoir-faire des jeunes danseurs issus du Ballet Junior de Genève, avec un coup de cœur particulier pour le talentueux Erik Lobelius, et le rock joué en scène par Bastien Dechaume et Michel Blanc «dépote» parfaitement. Voir quatre danseuses en tutu noir interpréter La Mort du cygne de Michel Fokine de 1905 sur pointes et sur un titre du groupe rock psychédélique Black Angels ne manque pas de panache non plus. Plaisante encore, la belle résonance entre la rage de PJ Harvey et le fouetté du Boléro de Béjart, ou entre les évolutions rampantes et colorées des danseurs au sol et le «I can’t get no satisfaction» des Rolling Stones. Mais au-delà des clins d’œil, on peine à trouver un fil dramaturgique ou même une progression dramatique dans cette création où chaque élément semble vivre pour lui-même dans l’instant.

Jolie manière néanmoins de citer et de bousculer le répertoire chorégraphique? Sans doute. Sauf que dans ce registre «héritage», le danseur Foofwa d’Imobilité a produit des objets beaucoup plus articulés et singuliers, comme, notamment, Pina Jackson in Mercemoriam , balade au pays des ombres qui, en 2010, rendait un hommage ludique à trois grandes figures de la danse, Pina Bausch, Michael Jackson et Merce Cunningham, mortes durant le même été. Citer les anciens ne suffit pas, même avec un nouvel habillage sonore. Il faut leur trouver une nouvelle nécessité, les ressusciter.

Mash up, adc, Genève, jusqu’au 3 mars, 022 320 06 06, www.adc-geneve.ch

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