Collectif dirigé par Michel Jarrety

Dictionnaire de la poésie de Baudelaire à nos jours

PUF, 896 p.

La première chose à dire de ce dictionnaire: qu'il est fait par des gens qui aiment la poésie, qui la connaissent et qui ont envie de la faire aimer. Les articles, composés selon un schéma simple et clair (éléments biographiques, présentation, interprétation, bibliographie) sont, presque chaque fois, comme un plaidoyer pour l'auteur en question. Par là, ce dictionnaire échappe entièrement au travers des ouvrages du même genre: rien n'y sent la monotonie d'un savoir dépassionné et sans relief. Grâce à sa parfaite connaissance du monde des critiques, Michel Jarrety a su s'entourer d'une équipe aussi soigneusement choisie que compétente: on trouve donc les signatures qu'on attendait à propos des auteurs qu'on attendait. La seule exception à la règle est peut-être l'absence du nom de Bertrand Marchal au bas de l'entrée consacrée à Mallarmé, alors que personne au monde ne connaît mieux que lui l'auteur d'Un Coup de dés.

Chose appréciable aussi, les responsables des notices se sont vu allouer une place convenable. D'habitude, dans un dictionnaire, l'étroitesse du nombre de signes attribué à chacun oblige à des sacrifices sanglants, et l'image qui ressort de l'auteur traité en est défigurée. Ici, les auteurs importants ont la place qu'ils méritent, et les poètes de moindre rang ne sont pas négligés pour autant. Certaines entrées ont presque la longueur d'un bref essai, et même les plus courtes sont assez riches pour dire vraiment quelque chose. Le choix est très large, totalement étranger à tout centralisme parisien et agréablement ouvert. Les poètes romands, par exemple, sont à l'honneur: de Cendrars à Crisinel, Matthey et Roud, de Jaccottet et Chappaz à Pierre-Alain Tâche, d'Anne Perrier à José-Flore Tappy, etc. De même trouvera-t-on des entrées sur la poésie antillaise, belge, maghrébine ou québécoise.

Autre point remarquable: Michel Jarrety ne s'est pas contenté de faire couvrir la diversité des auteurs, permettant ainsi au lecteur plus d'une découverte. Il a voulu aussi que figurent des notices sur les revues. C'est là un choix plus que judicieux, indispensable. Les revues ont joué parfois un rôle capital: qu'on pense au Parnasse contemporain (Baudelaire, Mallarmé, Verlaine) ou à La Vogue où furent révélées les Illuminations de Rimbaud, à Littérature ou aux revues surréalistes, dont le Minotaure édité par Skira, ou plus près de nous au Mercure de France, à L'Ephémère qui révéla au public la génération de Bonnefoy, Du Bouchet ou Jacques Dupin et introduisit Paul Celan en France. Dans tous ces cas, la revue a été historiquement le lieu où s'opérait la révolution ou le renouvellement poétique du moment. Même lorsque l'orientation de la revue était plutôt tournée à la prose, comme à La Nouvelle Revue Française, il peut importer de savoir quel poète y paraissait, de sorte que l'attention prêtée à ce genre de publications offre non seulement une photographie de la scène littéraire de l'époque, mais permet encore de saisir la manière dont s'y agençaient les regroupements d'école ou de tendances. La sociologie de la littérature y trouve son compte autant que l'histoire littéraire.

Enfin, troisième catégorie de notices: celles consacrées à des notions générales comme la métrique, la versification, aux rapports avec la peinture ou la musique, à la chanson, à la poésie sonore, ou encore à des mouvements (par exemple les décadents, les poètes orientalisants, l'OuLiPo, etc.). On aurait peut-être pu imaginer ici encore d'autres notions, telles que le rêve ou le rapport aux dieux, mais il est vrai que la limite entre l'étude des formes et l'étude des motifs aurait risqué d'être un constant sujet d'interrogation. Parfaitement sobre, ce dictionnaire est aussi beaucoup plus qu'un dictionnaire: une invitation à la poésie qui réjouira tous ceux qui l'accepteront.