Ces «nouvelles contemporaines de Sibérie orientale» forment un bouquet pudique et poétique de textes à l'ancienne, comme si, loin du postmodernisme et des dérisoires déconstructions fictionnelles de la capitale, la province voulait préserver la pudeur de la vie et du mot russes. Non que ces textes soient vraiment archaïques: en témoigne le rude réalisme de Guennadi Machkov racontant les mésaventures d'un chercheur d'or qui trouve le filon mais se fait dépouiller à Irkoutsk par une femme ramassée dans la rue, en qui il voyait la bien-aimée rêvée… Mais la nature si puissante de la région du Baïkal semble imposer une règle de silence, de retenue, et une échappée de rêve. Le meilleur exemple en est la prose discrètement lyrique de Valentin Raspoutine, déplorateur de la vie et de la nature russes souillées, maître du genre mineur, aux aguets de l'imperceptible. Dans son sillage, une école de prosateurs qui ont plus de la soixantaine et nous donnent leurs contes de pêcheurs, de cueilleurs de baies ou d'orphelins recueillis par les Bouriates. Cependant que le livre s'ouvre magistralement par deux brefs récits de Vampilov, dramaturge et nouvelliste de grand avenir disparu en 1972, noyé dans le Baïkal.