L’ancien homme d’affaires et ambassadeur de Suisse en Chine Uli Sigg se défait d’une grande partie de sa collection d’art contemporain chinois qui comprend tous les grands noms, à commencer par celui, emblématique, d’Ai Weiwei. Depuis qu’il a posé la première fois le pied en Chine, en 1979, ce passionné a réuni de manière systématique, voire obsessionnelle, un ensemble unique.

Au total, près de 1500 œuvres vont prendre le chemin de Hong­kong et du Museum Plus, abrégé M +, musée dédié aux arts visuels du XXe et XXIe siècle qui ne devrait pas ouvrir ses portes avant la fin 2017. Le contrat tout frais signé prévoit la vente de 47 pièces pour le prix de 22 millions de francs. Les autres 1463 œuvres, dont la valeur est estimée à 160 millions de francs, sont une donation.

Joint mercredi par téléphone à son retour de Hongkong, et avant de donner une conférence de presse à Art Basel, Uli Sigg avoue son émotion: «Ce ne sera pas facile de me séparer de ces œuvres. C’était une belle aventure de les rassembler, c’en est une autre qui commence.» Le collectionneur suisse prendra place dans le conseil d’administration du musée, dans le jury d’architecture pour le futur bâtiment et dans la commission d’acquisition. Pourquoi a-t-il vendu une petite partie de la collection au M +? «Le musée prouve par là son engagement pour un avenir commun, et cela me permet de continuer à financer mes fondations pour l’art contemporain en Chine. Et bien sûr, d’acheter de nouvelles œuvres», répond-il.

Une nuance de taille

Approché par diverses institutions occidentales, Uli Sigg a toujours décliné les offres qui lui étaient faites. «Il était depuis longtemps clair pour ma femme Rita et moi que ces œuvres devaient retourner en Chine, c’est là leur place, nous sommes heureux que le public chinois puisse bientôt en profiter.» Nuance de taille, le collectionneur a choisi Hongkong, et non une ville sur le continent chinois. «La Chine officielle n’est pas prête à montrer sans restriction toute la production contemporaine», remarque l’ancien ambassadeur.

Le M + sera la pièce maîtresse d’un gigantesque quartier culturel en devenir financé par le gouvernement local, le West Kowloon Cultural District. L’accord trouvé avec Uli Sigg est une aubaine pour cette institution qui affiche des ambitions de MoMA d’Asie. Son directeur, Lars Nittve, ancien de la Tate Modern à Londres, a fait le déplacement à Bâle pour dire sa joie. «Uli Sigg a choisi les œuvres clés des artistes les plus importants. C’est une collection de musée livrée toute faite.»