«Vous voyez comme ces statues sont belliqueuses? Ce sont des soldats. Le vodou, pour moi, est lié à la lutte pour la liberté», disait Marianne Lehmann à Arnaud Robert, qui était allé la rencontrer à Port-au-Prince en mai 2006 pour Le Temps, et qui visitait la maison dans laquelle cette Suissesse, née dans le canton de Berne en 1936, a rassemblé la plus grande collection consacrée au patrimoine d'art sacré haïtien. L'aventure a commencé en 1955, à Lausanne où elle travaille dans un laboratoire. Elle rencontre un étudiant venu d'Haïti qui deviendra son mari et débarque sur l'île avec lui. Elle le quittera, mais restera à Port-au-Prince où elle verra la prise du pouvoir par François Duvalier, les Tontons Macoutes, les coups d'Etat, les violences. Un jour, un quincaillier lui propose une petite statuette de bois, «qui m'a électrifiée», dit-elle. C'est le début de sa collection, plus de 3000 pièces, dont 300 sont exposées à Genève. En 1990, Marianne Lehmann ébauche le projet de ce qui est devenu aujourd'hui la Fondation pour la préservation, la valorisation et la production d'œuvres culturelles haïtiennes.