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Des techniciens du Kunstmuseum de Berne accrochent le «Portrait de Maschka Mueller» par Otto Mueller, tableau de la collection Gurlitt.
© KEYSTONE / Peter Klaunzer

Exposition 

La collection Gurlitt dévoile ses toiles, secrètes et brutales

Dans son exposition «Collection Gurlitt, état des lieux», le Kunstmuseum de Berne sort de l’ombre 150 œuvres séquestrées par les nazis car considérées comme «dégénérées». De Kirchner à Nolde en passant par Otto Mueller, la découverte de trésors malmenés par l’histoire

En passe de devenir un cas d’école, le «cas Gurlitt» mobilise tout un aréopage de spécialistes, critiques d’art, restaurateurs, historiens. L’exposition bernoise met l’accent sur la brutalité que dénotent la confiscation et l’instrumentalisation de pièces qui, déjà à l’époque, étaient pour beaucoup d’entre elles des pièces de musée.

Entré au musée de Cologne, pour prendre un exemple donné dans l’exposition, le Portrait de Maschka Mueller par son (ex-)époux Otto Mueller en fut, comme beaucoup d’autres œuvres d’avant-garde, retiré sans état d’âme en 1937 pour se voir, dans un premier temps, stocké dans un hangar. Ce tableau - unique toile de l’art qualifié de dégénéré par les nazis à être restée dans la collection Gurlitt depuis la guerre, les autres étant des travaux sur papier - est ici accompagné de son pedigree, à savoir une étude de provenance détaillée.

Artistes «dégénérés»

L’exposition ne laisse pas de susciter la curiosité et une certaine fébrilité. Double, le parcours conduit le visiteur à travers 150 dessins, gouaches, aquarelles et estampes, pour la plupart relevant de l’expressionnisme, regroupés selon les différentes écoles et tendances: la Sécession berlinoise, la Brücke, le Blaue Reiter et le Bauhaus, sans oublier les représentants plus tardifs de la Neue Sachlichkeit.

Des œuvres elles-mêmes violentes, dans leur style, dans leur sujet aussi souvent (la guerre, le deuil), présentées sur fond noir ou blanc. En même temps, selon un agencement par endroits déroutant, sont livrés les éléments du «dossier Gurlitt», autour de la famille et de son principal représentant, Hildebrand Gurlitt. Les œuvres spoliées, les ventes auxquelles les collectionneurs juifs ont été forcés, la pathologisation des artistes eux-mêmes (des «dégénérés»), telles sont les rubriques de ce dossier gigogne.

Double visite

Cela fait beaucoup pour une exposition qui entend, dans le même temps, faire valoir des pièces du trésor – les premières, tout de même, à être livrées au public –, tout en subordonnant ouvertement cette mise en valeur à l’aspect historique, pour ne pas dire politique.

L’ouvrage qui accompagne l’exposition, qui rend compte de l’état des recherches menées autour de cette collection, propose une partie catalogue pour le moins métissée: les reproductions de chacune des œuvres exposées à Bonn et à Berne apparaissent dans l’ordre alphabétique des noms de leurs auteurs, ce qui donne des télescopages assez étonnants (Maillol face à Macke, ou Dürer en vis-à-vis de Kandinsky). La solution consiste peut-être à procéder deux fois à la visite, la première fois en s’attachant aux documents et la seconde en se réservant aux œuvres.

Pirate et pionnier

Superbes portraits et autoportraits signés Kirchner, Heckel, Nolde, Dix ou Kokoschka, hommage puissant et déchirant de Käthe Kollwitz à son fils mort, dessins raffinés de Max Liebermann, ces œuvres sur papier sont autant de pièces marquantes.

Car Hildebrand Gurlitt pouvait collaborer avec le régime National Socialiste, en écoulant à l’étranger les œuvres confisquées, et cependant manifester un goût prononcé pour cet art décrié comme «dégénéré» (un engagement pionnier en faveur de l’art contemporain qui lui a sans doute valu d’être démis de ses fonctions de directeur du musée de Zwickau en 1930).

Pour les curieux, l’exposition comprend des œuvres intéressantes de sa sœur Cornelia (1890-1919), peintre expressionniste en devenir – elle n’aura pas vécu assez longtemps pour voir la guerre.


Collection Gurlitt, état des lieux. «L’art dégénéré» – confisqué et vendu. Kunstmuseum de Berne. Jusqu’au 4 mars.

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