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«Fillette à la corbeille fleurie», de Pablo Picasso, fait partie des toiles mises à l’encan par Peggy et David Rockefeller.
© Gonzalo Fuentes / Reuters

Marché de l’art

La collection Rockefeller, trésor record

Cinq Monet, trois Picasso, trois Bonnard, deux Matisse et deux Gauguin, joyaux d’un ensemble de 1600 lots, devraient permettre à la collection Peggy et David Rockefeller de décrocher la palme de «vente du siècle» et de battre plusieurs records. Ces enchères se déroulent à New York du 8 au 10 mai

Les maisons de vente aiment jongler avec les superlatifs qu’elles manient – parfois – sans trop de circonspection. La collection Peggy et David Rockefeller, présentée par Christie’s – qui la disperse du 8 au 10 mai à New York – comme «la vente du siècle», semble devoir mériter, cette fois-ci, cette appréciation dithyrambique. En 2009, l’auctioneer avait imprudemment eu recours au même qualificatif lors de la promotion de la collection Yves Saint Laurent-Pierre Berger (produit de 373,5 millions d’euros pour 730 lots). Sept ans plus tard, ce résultat était dépassé par celui de la collection «historique» d’Alfred Taubman, l’entrepreneur du Michigan devenu le patron de Sotheby’s (382,40 millions d’euros).

Exceptionnelle d’un point de vue qualitatif, avec sa ribambelle de tableaux impressionnistes et modernes, la collection Rockefeller l’est aussi d’un point de vue quantitatif: 1600 lots répartis en 14 vacations (six en salles et huit en ligne), cinq catalogues (vendus 750 dollars), une preview (exposition itinérante précédant la dispersion) en sept étapes: Hongkong, Londres, Paris, Los Angeles, Pékin, Shanghai et New York. L’estimation totale (plus d’un demi-milliard de dollars) semble étonnamment basse quand on connaît l’estimation haute de la seule vente du soir du 8 mai: 600 millions.

Lire aussi: Jean-Gabriel Fredet: «Ils ont transformé le marché de l'art en casino»

Un Picasso de la période bleue

L’événement se déroulera en terre connue pour les héritiers de cette famille d’industriels, de banquiers et de politiciens américains: le Rockefeller Center, construit dans les années 1930, à Manhattan, au cœur de Midtown, par John Davison Rockefeller, le grand-père de David, qui créa en 1873 la compagnie pétrolière Standard Oil, et John Davison Rockefeller junior, le père du collectionneur. Mort en 2017, à l’âge de 101 ans, David Rockefeller, qui dirigea la Chase Manhattan Bank, était un amateur d’art compulsif. Lui et son épouse, Peggy, disparue en 1996, commencèrent à collectionner à la fin des années 1940. Aiguillonné par Alfred Barr, l’ancien directeur du MoMA, ce couple à l’œil aiguisé s’est mis à acquérir d’abord des tableaux impressionnistes, puis des peintures et sculptures modernes.

Un portrait en 1999: John D. Rockefeller, fondateur de la société Esso

Fillette à la corbeille fleurie est le lot vedette de la collection. Ce tableau peint en 1905 à Montmartre, par un Pablo Picasso âgé de 24 ans, figure une jeune fille brune pubère nue, au regard énigmatique. La toile (154,8 x 66,1 cm), qui annonce la période bleue, a été acquise pour 150 francs, l’année de sa création, par les collectionneurs Léo et Gertrude Stein, qui l’accrochèrent en bonne place dans leur appartement parisien de la rue de Fleurus.

Une cote au sommet

Ce Fillette à la corbeille fleurie, en excellent état de conservation, pourrait devenir le Picasso le plus cher de l’histoire. Acquis en 1968 par David Rockefeller pour 1 million de dollars, il est resté accroché pendant cinquante ans dans le salon de sa demeure de l’Upper East Side à New York. «Le marché de Picasso se trouve à un point culminant et sa cote n’est pas près de s’infléchir, surtout au vu des premiers résultats de 2018», souligne Artprice, le leader mondial de l’information sur le marché de l’art. Le 8 mars dernier, La dormeuse, une toile de Picasso de 1932 (130 x 162 cm) a plus que doublé son estimation haute à 57,8 millions de dollars à Londres. En février 2018, un portrait de Marie-Thérèse Walter, la Femme au béret et à la robe quadrillée, s’est envolé à 68,7 millions de dollars, lui aussi sur les bords de la Tamise.

Depuis 2015, le record de l’artiste est détenu par les Femmes d’Alger (version «O»), qui s’est vendu 179,3 millions de dollars (142 millions d’euros) à New York. Le marché de l’art, qui a les yeux de Chimène pour les trésors des grands maîtres de la peinture, comme en témoignent les 450 millions de dollars obtenus en novembre 2017 par le Salvator Mundi de Léonard de Vinci, pourrait pousser ce Picasso (estimé de 90 à 120 millions de dollars) au plus haut, et peut-être – qui sait? – le conduire vers la Chine! «Les clients asiatiques sont de plus en plus actifs dans nos ventes de tableaux impressionnistes et modernes. Et cette tendance s’est encore accentuée en 2017», expliquait, au Temps en début d’année, François Curiel, président Europe et Asie de Christie’s.

Un Gauguin «tout à fait japonais»

Claude Monet pourrait lui aussi battre son précédent record grâce à Nymphéas en fleur (160,3 x 180 cm) peint entre 1914 et 1917. Ce tableau, estimé de 50 à 70 millions de dollars, a de sérieuses chances de surclasser Meule, exécuté au crépuscule, à Giverny, dans des teintes bleues et mauves, parti à 72,5 millions de dollars en novembre 2016 à New York. Que dire du beau Renoir, Gabrielle au miroir, acquis en 1951 pour 51 000 dollars ou du sensuel Matisse, Odalisque couchée aux magnolias, peint en 1923 (70 à 90 millions de dollars), tous deux accrochés dans le manoir familial de Hudson Pines, dans l’Etat de New York?

On remarquera également un très beau Gauguin (La vague, estimé à 12 millions de dollars) «tout à fait japonais», selon les mots de l’artiste, réalisé au Pouldu, lors du second séjour du peintre en Bretagne et un charmant Intérieur de Pierre Bonnard figurant la salle à manger de la petite maison du peintre («ma roulotte») à Vernonnet, dans la vallée de la Seine.

Pour les moins fortunés

La vente du mercredi 9 mai au soir, dédiée à l’art de l’Amérique (41 lots pour une estimation de 45 à 67 millions de dollars) recèle elle aussi quelques belles pépites dont un Edward Hopper (Cape Ann Granite, 6 à 8 millions de dollars), un Diego Rivera de 1931 et un Willem de Kooning de 1982. Les vacations de mobilier anglais et européen et autres americana, ainsi que les ventes en ligne (jusqu’au 11 mai) permettront aux collectionneurs moins fortunés d’arracher des pièces pour quelques centaines de dollars.

L’intégralité du produit de la vente de la collection sera reversée à des œuvres caritatives au profit «de la recherche et de l’éducation permanente, du soutien aux arts et du développement économique durable, entre autres», indique, sans plus de précisions, le communiqué de presse de Christie’s. Banquier philanthrope, David Rockefeller aurait donné à des bonnes causes, de son vivant, 1,3 milliard de dollars d’une fortune estimée à 3,3 milliards de dollars, souligne Peter Johnson, un historien qui a travaillé au service de la famille pendant plusieurs décennies.

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