«Je viens vous parler d’une langue qui s’appelle la langue française. Et je ne peux pas m’empêcher de rappeler une chose qui est parfois oubliée, c’est que le mot «français», dans la langue française, est un mot germanique.» Ainsi parlait Alain Rey, qui vient de disparaître, lors d’une très belle conférence, donnée il y a quelques années à l’Université de Genève. Linguiste, lexicographe, merveilleux passeur de mots, il pointait d’emblée, par ce double trait d’érudition et d’humour, l’extraordinaire richesse et le pouvoir d’évocation (et de subtile contradiction parfois) du mot en tant que tel.

C’est là le bonheur des dictionnaires, ces fabuleuses collections de mots. Les bons ouvrages comme le Larousse, le Robert auquel Alain Rey s’était voué ou le Littré – qui recèle de merveilleux trésors poétiques – ne présentent pas les mots sans apprêt. Ils savent créer pour chacun l’écrin qui convient, le polir au mieux et le faire briller de toutes ses facettes même les plus secrètes. Ces lexiques ne se contentent pas de donner un joyau à contempler mais nous en disent souvent aussi l’histoire, ou même les histoires, qui l’ont mené jusqu’à nous.