Soutenir les arts plastiques et les artistes. La Banque cantonale de Genève n'est de loin pas un cas unique. Elle s'inscrit dans la noble tradition d'appui au monde de l'art développée par la grande banque protestante et juive et remonte aux Médicis. Cette forme de mécénat est toujours vivante. Elle a même connu un nouvel élan au début des années 80 quand aux côtés des pionniers que sont, en Suisse, les collections de la Nationale Suisse Assurances, de la Bâloise ou de la Banque du Gothard, se sont ajoutés plusieurs établissements qui ont développé une politique d'achat d'art plastique contemporain.

Dans une analyse chronologique, les spécialistes de l'art distinguent deux périodes. En premier viennent les collections nées de la volonté du directeur ou du président du Conseil d'administration. Elles sont le fruit de coups de cœur, de choix très personnels, souvent éclairés. C'est le cas de la remarquable collection de la Nationale Suisse Assurances à Bâle qui est née sous l'impulsion de son directeur Hans Thaler. Le premier achat remonte à 1944. A Bâle toujours, à peu près à la même époque, c'est Hans Göhner, directeur général de la Bâloise, qui entreprend une politique d'acquisition auprès des artistes de la région. Puis suivront en 1968 la Banque du Gothard, portée par la passion de deux dirigeants pour les travaux de jeunes artistes suisses, ou encore en 1972 le début de la politique de commandes développée par l'UBS. Plus récemment, la collection de la Banque Cantonale Vaudoise doit également beaucoup à la connaissance d'un homme, son ex-directeur général, aujourd'hui président du conseil d'administration, Jacques Treyvaud.

Dans la nouvelle tendance du tournant des années 80, les initiatives individuelles laissent place à une forme plus organisée. Ici on crée une commission d'achats, là une cellule d'experts ou encore un comité d'artistes et de collectionneurs chargés de donner une orientation précise à la politique de mécénat. Car l'art contemporain n'est pas de tout repos. Il dérange, choque, interpelle. Les cibles sont mieux définies: soutien aux artistes vivant dans la région d'implantation, impulsion apportée aux jeunes créateurs suisses, élaboration d'une collection limitée à certains courants, etc. Souvent, ces acquisitions traduisent des choix audacieux qui vont au-delà de la dimension décorative de bureaux.

Enfin, avec l'implantation de nombreux établissements à l'étranger via des filiales, les collections ont parfois pris une dimension internationale et de grande ampleur. Selon le Journal des Arts, la collection de l'ex-SBS par exemple a atteint en moins de vingt ans un ensemble de plus de 2000 œuvres, dont près de 200 peintures suisses.

Le but d'une collection, confiait récemment le chargé des relations publiques de la Bâloise au même Journal des Arts, n'est pas seulement de gagner de l'argent (certaines collections ont pris avec la flambée de la cote de certains artistes une dimension spéculative, n.d.l.r.), mais surtout de mener une politique sociale. «Il est important de prendre en compte le regard que les artistes portent sur la vie», expliquait-il. Voilà pourquoi nombre de collections ne sont pas confinées aux parois des bureaux mais habillent les lieux de passage, les salles de conférence, les halls d'accueil, et parfois occupent des espaces d'exposition publique qui fonctionnent comme de mini-Kunsthalle. Par exemple Migros à Zurich, la Banque du Gothard à Lugano, ou dans un registre différent, la Banque Edouard Constant à Genève. Une occasion pour le visiteur de participer à la réflexion sur la création.

I.J.