Vernissages dépeuplés, débats et évènements déplacés en ligne, retour aux valeurs sûres commerciales sur le marché et essor d’un art engagé dans les institutions publiques: les échanges qui nourrissaient les scènes artistiques locales se sont fortement réduits durant ces deux années de pandémie. A Cologne, cet hiver, le sentiment d’une scène en morceaux était tangible. Mais ici, l’effritement de la sphère publique remonte à avant l’apparition du covid. Après la réunification allemande, la grande ville rhénane a subi une hémorragie de sa substance créative au profit de Berlin. Celle qui formait avec New York l’axe dominant de l’art contemporain dans les années 1970-1980 est passée au rang de scène secondaire. La légende dit pourtant qu’elle comptait jusqu’à 300 galeries dans les années 1980. C’est aussi à Cologne que le concept de foire d’art a été inventé en 1967 à l’initiative du galeriste Rudolf Zwirner. Le monde de l’art international se croisait et se toisait dans l’arène constituée par l’ancienne cité médiévale au centre-ville.