Dans le De vulgari eloquentia (De l'éloquence en langue vulgaire), Dante Alighieri classait les parlers européens en fonction de la manière dont leurs locuteurs disaient «oui»: en terres germaniques, si en italien, oc dans le sud de l'actuelle France, oïl plus au nord. Aurait-il imaginé que, sept siècles plus tard, on déclamerait son œuvre majeure, la Divine Comédie, dans des langues qui disent yes, ayo, tiim ee, da ou encore hai pour signifier l'assentiment?

L'Université de Genève, la Fondation Bodmer, à Cologny, et le Centre du Manoir (à Cologny toujours) y ont pensé. En préambule de la grande exposition (La Fabrique de Dante») qui marquera le 700e anniversaire de la mort du sommo poeta, elles proposeront ce samedi 25 septembre une lecture intégrale (publique et à haute voix) des 100 chants de la Comédie: L'Enfer («Nel mezzo del cammin di nostra vita...»), Le Purgatoire («Si jamais te surprit, lecteur, dans l'Alpe une brume d'hiver...») et Le Paradis («Der Liebe, die beweget Sonn’ und Sterne»).

En Italian, en japonais, en sursilvan...

Particularité de l'exercice genevois: les récitants qui ont répondu à l'appel à contributions lancé par l'UNIGE et la Fondation Bodmer ont le droit de déclamer Dante dans la langue de leur choix. La lecture de samedi aura donc tous les airs d'une joyeuse Babel, d'une «galimafrée» d'idiomes, comme on le disait à peu près à la même époque dans l'aire francophone: pour l'heure, l'italien se taille bien entendu la part du lion, avec 37 chants, suivi du français (27), de l'espagnol (9), de l'anglais (8), de l'allemand (3), du portugais (3), de l'arménien, du roumain, du mongol (2 chacun). Ferment la marche, avec un chant par langue, le napolitain, le russe, le turc, le sursilvan (un des dialectes de la zone rhéto-romanche), le serbe, le japonais et le chinois.

Ce décompte peut encore légèrement évoluer, indique Sébastien Brugière, responsable de la médiation culturelle à la Fondation Bodmer. Mais ce qui ne changera pas, c'est la célébration dantesque d'une langue habile entre toutes, magnifiée par ses traductions et par les voix de celles et ceux qui les porteront.


Fondation Martin Bodmer, Route Martin-Bodmer 19, Cologny. Lecture intégrale de la Divine Comédie de Dante samedi 25 septembre. De 7h à 12h environ, lecture de L’Enfer au Centre Culturel du Manoir de Cologny; de 12h30 à 17h30 environ, lecture du Purgatoire sur la terasse de la Fondation Martin Bodmer; de 18h à 23h30 environ, lecture du Paradis dans la salle Martin Bodmer de la Fondation. Exposition La Fabrique de Dante, du 24 septembre au 28 août 2022. Retrouvez tous les articles de la rubrique «Un jour, une idée».