Scènes

A la Comédie, la génération Z se confie

Sur la scène genevoise, on entend la parole des moins de 25 ans, d’ici et d’ailleurs. L’idée est belle, mais le résultat, superficiel et convenu, déçoit

Le théâtre documentaire est un art délicat. Parfois il fascine. C’était le cas de F(l)ammes, découvert à la Comédie de Genève en novembre 2017, spectacle choral dans lequel des jeunes femmes subjuguaient l’audience avec leur récit d’une France métissée. Parfois il patine, comme c’est le cas, cette semaine, toujours à la Comédie, de Gen Z – Searching for Beauty.

Cette proposition qui raconte la génération née après 1995 a des fulgurances, des moments d’une grande beauté et d’une rare fragilité, à l’image de l’instant où Diogo parle de la femme de ses rêves. Mais le tout, qui prétend pourtant échapper aux clichés, est trop superficiel et convenu pour rendre justice à la richesse des adolescents genevois qui y ont participé.

Affiche prometteuse

Un malaise. Et une frustration. D’autant que l’affiche promettait. On se réjouissait de découvrir ce que les jeunes de chez nous, une poignée, et les jeunes d’Europe rencontrés par l’équipe de Salvatore Calcagno avaient dans le ventre. Comment ils voyaient l’éducation, le monde du travail, l’amour, etc.

On se réjouissait d’être dérouté, décontenancé par des points de vue qu’on nous annonçait hors des sentiers battus. Surtout qu’on allait rencontrer une dizaine de participants au cursus FO18, ce nouveau programme mis en place par le Département genevois de l’instruction publique qui vise à former des adolescents au-delà de la scolarité obligatoire.

Genève, mi amor

De fait, ces ados d’ici, qui se nomment Lenny, Yannis, Lucio, Ketia, Maria, August, Diogo ou Deria, touchent par leur présence à la fois maladroite et généreuse. On les sent très impliqués dans le regard qu’ils portent sur l’école, leur ville ou les relations amoureuses. La séquence où ils disent si oui ou non ils pensent rester à Genève à l’avenir est sans doute la plus réussie.

Là, on entend bien leur voix, singulière à chaque fois. A Genève, Deria apprécie la liberté d’expression, qu’elle ressent moins en Turquie, sa terre d’origine. Maria, Latino-Américaine, salue la sécurité des rues genevoises et dit son attachement. Mais Diogo, qui s’exprime en portugais, retournera dans son pays, car la vie y est plus douce. Joli instantané, livré sans effets, ni artifices.

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Artificialité dérangeante

Ce qui est loin d’être le cas du reste de la proposition, qui a déjà été menée dans d’autres villes d’Europe par les artistes belges Salvatore Calcagno, Emilie Flamant et Antoine Neufmars. Sans doute pour créer un climat et muscler les débats, les auteurs ont deux idées qui ne portent pas. D’une part, ils filment les jeunes et leur demandent de poser, le regard perdu au lointain, comme s’ils étaient chargés de toute la mélancolie de ce début de siècle. Un peu ridicule.

D’autre part, six comédiens professionnels se mêlent à la distribution et jouent les ados, adoptant dans un brouhaha constant des parlers et des attitudes de pseudo-revendication à la limite du manque de respect pour les vrais ados de la soirée…

Cette artificialité dérangeante atteint d’ailleurs son apogée dans le film tourné en Belgique et projeté au milieu du spectacle. On y voit une prof dépassée par une classe agitée qui craque de manière grotesque. Le manque de pertinence de la séquence, sa démagogie aussi, sidèrent. Même malaise, mais en moins fort, lors des moments de chant en play-back. Le slam fragile et collectif sur un tube de Fauve passe encore, mais la séquence drag-queen de la fin est tellement hors sujet – et opportuniste dans sa thématique accrocheuse – qu’on soupire.

Des perles pour la ministre

De ce tutti frutti qui transite sans finesse de la salle de classe au music-hall, on retient cependant quelques perles livrées par les élèves. Le fait que les profs pensent argent alors qu’eux pensent épanouissement. Que, sur les lieux de travail, les insultes racistes sont toujours d’actualité. Que la rigueur peut être enseignée en douceur. Et que leurs formations sont décidées de manière trop téléphonée, sans réelle consultation, par les conseillers en orientation. Mardi, soir de première, Anne Emery-Torracinta était là. La ministre genevoise de l’Education a sans doute pris bonne note de ces observations.


Gen Z – Searching for Beauty, jusqu’au 2 mars à la Comédie de Genève.

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