La Fondation d'art dramatique (FAD), organisme de tutelle qui chapeaute la Comédie de Genève, se met en chasse pour trouver un successeur à Claude Stratz, directeur en exercice, dont le mandat arrivera à terme fin juin 1999. L'appel d'offres doit paraître aujourd'hui ou dans les jours prochains dans la presse suisse, française, belge et italienne. Une cinquantaine de candidatures sont attendues. Quel est le profil type du futur directeur(-trice) de l'institution théâtrale genevoise? «Nous cherchons quelqu'un qui puisse assumer la direction globale du théâtre, c'est-à-dire qui puisse porter à la fois la responsabilité artistique et financière de l'institution. Cette personne ne devra pas uniquement assurer une programmation mais savoir aussi créer une ambiance propre au lieu. La Comédie doit être fortement ancrée dans la ville, être proche du public et des artistes. Nous ne pouvons pas nous offrir une grande vedette. Nous misons plutôt sur une personne jeune, à l'expérience moindre, à l'image moins arrêtée mais avec un grand potentiel de progression», esquisse Albert-Louis Dupont-Willemin, président de la FAD.

Les candidats ont jusqu'au 30 avril pour déposer leurs dossiers. La FAD se donne jusqu'en septembre pour faire son choix. Il est encore tôt pour lancer les paris sur l'identité de la personne qui succédera à Claude Stratz. En revanche, l'identité du lieu lui-même pose quelques problèmes. La situation est connue: la Comédie de Genève est un outil culturel vétuste, inadapté aux besoins du théâtre actuel. Les mises en garde d'un Benno Besson, le fameux «Rapport Langhoff», les tentatives de Claude Stratz, n'ont pas réussi à débloquer les crédits nécessaires aux travaux. L'exiguïté de la scène (8 mètres d'ouverture au lieu des 14 mètres standard), est la première tare du lieu. «Pour rentrer dans nos dimensions, les spectacles sont souvent dénaturés. Tout récemment, le décor de Femmes de Troie de Matthias Langhoff a dû être amputé», s'échauffe Claude Stratz.

Autre problème chronique: l'absence de salle de répétition et d'atelier de construction des décors. «Depuis vingt-cinq ans, je squatte des hangars non chauffés. Peindre des toiles prend un temps considérable, la peinture ne sèche pas à cause du froid. Les comédiens sont logés à la même enseigne», explique Gérard Mandonnet, directeur technique de la Comédie. Et Claude Stratz d'évoquer les répétitions de Sa Majesté des mouches, sa dernière création: «On a eu de la chance cette année, l'hiver a été clément.»

La Comédie de Genève ne répond pas non plus aux critères de sécurité d'une salle de spectacle: «La vétusté des appareillages techniques rend le travail des techniciens dangereux. J'ai déjà reçu des morceaux de décor sur la tête», précise Gérard Mandonnet. Albert-Louis Dupont-Willemin assure que la FAD entend profiter de la succession pour «refaire un forcing auprès des autorités». La Comédie de Genève est financée à 70% par la Ville et à 30% par l'Etat de Genève.

A l'heure des choix et face à une situation toujours bloquée, nous avons demandé à trois jeunes metteurs en scène d'imaginer la Comédie de leurs rêves. Une façon de prendre le pouls d'une relève et de laisser la parole à l'imagination.