Avec un face-à-face Christian ClavierClovis Cornillac, soit les deux Astérix du grand écran, l’affaire paraît entendue: encore une comédie franchouillarde pour alimenter le prime time de TF1. Ah bon, c’est coproduit par France 2? Et ce n’est pas une comédie? Surprise, malgré ce casting et un titre qui évoquerait plutôt Cézanne, le deuxième film de François Favrat (Le Rôle de sa vie, 2004) traite de politique, de revanche sociale et d’idéaux corrompus. Et même plutôt bien.

Cornillac y est parfait dans le rôle de Xavier Alvarez, architecte à Aix-en-Provence. Self-made-man en quête de reconnaissance sociale, il enrage de ne jamais décrocher de gros chantiers publics. Il décide alors de soutenir la campagne du candidat outsider à la mairie Vincent Cluzel (Clavier en politicien de gauche sincère, quel contre-emploi!), persuadé que ce dernier lui renverra l’ascenseur en cas de victoire. En impliquant le maire sortant dans un scandale, il parvient à ses fins. Mais l’amitié nouée dans la conquête du pouvoir ne va pas tarder à buter sur des intérêts divergents…

La politique à distance

D’autres personnages jouent un rôle non négligeable, dont la fille du candidat, vite séduite, et son beau-père, un vieux briscard de la politique. Et puis il y a le pote d’enfance Yacine (Sami Bouajila) qui, après une mauvaise passe, se met au service de Xavier pour exécuter les basses œuvres et goûter au militantisme de base. Tout un petit monde qui gravite autour des deux protagonistes et rendra leur alliance de plus en plus délicate.

Le temps serait-il venu en France d’un grand retour du cinéma politique? Disons plutôt d’un cinéma SUR la politique, plus réaliste que romantique ou cynique. Amorcé par Claude Chabrol (La Fleur du mal, L’Ivresse du pouvoir) et Robert Guédiguian (Le Promeneur du champ de mars), un cinéma non manichéen qui regarde le jeu politique avec un certain détachement, sachant bien que les grands enjeux économiques et sociaux lui échappent (voir aussi Le Candidat de Niels Arestrup, Président de Lionel Delplanque et Parlez-moi de la pluie d’Agnès Jaoui).

Centrisme triomphant

Ce nouveau cinéma peut prendre pour (anti) héros un sympathique filou sans trop de scrupules et un politicien ni pourri ni tout blanc, ses récits y gagnant en complexité ce qu’ils y perdent en force de conviction. Autre revers de la médaille, peut-être inhérent à ce «centrisme»: une mise en scène sans grand relief, à la traîne de la verve de l’écriture et des comédiens. Ce qui, tout en tenant La Sainte Victoire loin des sommets du genre, n’empêche pas sa radiographie de la France provinciale de sonner plutôt juste.

La Sainte Victoire, de François Favrat (France 2009), avec Clovis Cornillac, Christian Clavier, Vimala Pons, Sami Bouajila, Marilyne Canto, Valérie Benguigui, Eric Berger, Michel Aumont, Marianne Denicourt. 1h45.