Quelle déception! Les Chèvres du Pentagone s’avançait comme un possible Docteur Folamour du XXIe siècle. Une comédie explosive qui aurait pulvérisé l’interventionnisme américain en Irak (le premier, celui de Bush père) et l’incompétence de la CIA. Tout le monde y croyait, à commencer par ceux qui avaient lu la base du film: le livre-enquête éponyme du journaliste américain Jon Ronson. Celui-ci a en effet découvert les recherches improbables de la CIA en matière d’armes paranormales. Idée: gagner la guerre sans appuyer sur la moindre gâchette, grâce aux pouvoirs télékinétiques de soldats qui verraient aussi bien à travers les murs que les plis spatio-temporels (lire en page 6).

Casting quatre étoiles

En sus de cette carte majeure, le cinéaste Grant Heslov bénéficiait d’une solide expérience: comédien proche de la bande à George Clooney, il avait cosigné, pour ce dernier, le magnifique script de Good Night, and Good Luck. Sans compter qu’aux côtés du fidèle Clooney, désormais indispensable dans la viabilité de tout film hollywoodien sur la politique étrangère des Etats-Unis, Heslov a réussi à réunir un casting de gais lurons quatre étoiles: Jeff Bridges (tout juste oscarisé pour Crazy Heart de Scott Cooper), Ewan McGregor (qui tient à nouveau un rôle de scribouillard, après The Ghost Writer de Roman Polanski) et le revenant Kevin Spacey qu’il fait toujours bon de revoir. Ensemble, ils forment une bande de pieds nickelés, médiums en uniforme qui tentent d’amener la paix en suivant leur troisième œil.

Première mauvaise idée: Heslov fait du journaliste Jon Ronson (McGregor) un narrateur candide, pour ne pas dire stupide qui prive le film de toute crédibilité. Comment cet éberlué peut-il croire une seule seconde, et raconter en insupportable voix-off, ce qu’il découvre par hasard en Irak, c’est-à-dire les bidasseries d’une 7e Compagnie version flower power ? Car Heslov donne à ses acteurs le choix de jouer soit les idiots soit les imbéciles, rien de plus, dans cette moquerie new age d’un autre âge où Bridges s’ébroue en gourou post Lebowski, tandis que ses camarades emperruqués se ridiculisent. Tout fondé soit-il, Les Chèvres du Pentagone réussit à ne pas faire croire une seconde à ce qu’il raconte.

Les Chèvres du Pentagone (Men who Stare at Goats), de Grant Heslov (USA 2009), avec George Clooney, Ewan McGregor, Jeff Bridges, Kevin Spacey, Stephen Lang, Robert Patrick, Stephen Root.1h30.