«La saison prochaine sera légère comme le battement d'ailes d'un papillon.» Difficile d'imaginer entrée en matière plus printanière que celle d'Anne Bisang hier lors de la présentation de sa dixième saison à la tête de la Comédie de Genève. Tout de rose vêtue, la directrice a parlé légèreté et bonheur dans un foyer dont la décoration joyeusement immature soulignait encore ce ton primesautier. Pourtant, le programme 08-09 n'a rien d'édulcoré. Au contraire, avec une deuxième partie de saison presque entièrement dévolue aux nouvelles formes d'expression - hors le texte, Anne Bisang fait preuve d'une audace dont on salue la gravité. Car, en fait de papillons, ce sont plutôt des chiens fous qui viendront bousculer le jeu de quilles.

Un zombie à trous

Il se présente comme un «zombie» et déclenche l'hilarité. Oskar Gomez Mata est invité pour la première fois à la Comédie et n'en dort plus la nuit. «Car, tout à coup, se pose la question du texte, de la pièce à monter», alors que, depuis ses débuts genevois en 1997, la compagnie de l'Alakran a toujours pensé activisme remuant. Heureusement, après beaucoup de nuits blanches, le cap est maintenu. Avec Kaïros, le collectif envisage de «faire des trous de conscience dans la réalité, pour savoir si, ensemble, on peut sortir de la léthargie qui nous pousse à consommer à défaut d'un autre projet». Et de distribuer des sachets remplis de trous noirs à l'auditoire ravi de ce coup de butoir.

Dans cette même idée d'enquête théâtrale, Dorian Rossel et la Super Trop Top compagnie se lancent sur les traces de Quartierlointain, BD sortie en 2003 mais déjà anthologique, dans laquelle le Japonais Jiro Taniguchi s'interroge sur la disparation de son père. «On ne fera pas de copier-coller, mais on cherchera un langage aussi sensible et délicat que celui de la BD», assure Dorian Rossel.

Ces défricheurs de plateau auront des parrains costauds: Romeo Castellucci, artiste associé du prochain Festival d'Avignon, donnera Hey Girl!, une réflexion furieusement visuelle et sonore sur la naissance de la féminité. Idem pour Mathilde Monnier et La Ribot, chorégraphes largement confirmées: leur vision éclatée de la figure du clown promet un Gustavia secoué.

Becque et corbeaux

Et le texte? Quatre auteurs anciens pour trois contemporains, l'équilibre est presque parfait. Ouvrant la saison, Anne Bisang monte Les Corbeaux, une comédie réaliste d'Henry Becque, de la fin du XIXe siècle. Ou comment les femmes d'une famille comblée basculent dans la précarité après la mort du père. Robert Bouvier s'intéresse aux «bobos oisifs et mélancoliques» des Estivants de Gorki. «Une fable sur les serments intimes qu'on s'est faits et qui ne se sont jamais réalisés», résume le directeur du Théâtre du Passage, à Neuchâtel. Bien plus gai, Claude Buchwald propose une version de Falstafe signée Valère Novarina d'après Shakespeare. Gilles Privat tient le rôle-titre, on s'en réjouit. Quant au «bouquet final», il revient à Illusions comiques, écrit et mis en scène par Olivier Py. «Un hommage au théâtre roboratif, avec son jeu permanent du corps et de la pensée», se réjouit la directrice de la Comédie.

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