La saison 2003-2004 du Théâtre du Crochetan à Monthey s'annonce haute en moments d'exception. A l'image des retrouvailles, prévues en octobre, entre Dom Juan et Jacques Lassalle. L'ancien directeur de la Comédie-Française reprend ce Molière dix ans après l'avoir créé dans la Cour d'honneur du Palais des Papes au Festival d'Avignon. Il retrouve par la même occasion la troupe de la maison de Molière, Andrzej Seweryn en tête.

Romane Bohringer campera par la suite la petite prostituée au cœur juste dans La bonne âme de Se-Tchouan de Bertolt Brecht mis en scène par Irina Brook. André Dussolier, pour sa part, emboîte le pas, qu'il a plus flegmatique, à Fabrice Lucchini, en réunissant dans Monstres sacrés, sacrés monstres un florilège de textes d'auteurs, de Roland Dubillard à Raymond Queneau. Benno Besson et sa dernière mise en scène en forme de blague de collégien, Les Quatre doigts et le pouce de René Morax, feront aussi le crochet par Monthey. Dans le registre des grands noms français, Marie-Christine Barrault dit Rimbaud avec le Quatuor Ludwig dans L'homme aux semelles de vent.

Mais le Crochetan ne mise pas uniquement sur les têtes d'affiche. Des personnalités trempées, plus en marge des programmations, apportent leur dose d'imaginaire offshore. Tel le jeune Belge Wayn Traub, artiste tout-terrain, plasticien, cinéaste, metteur en scène, descendant de pâtissier royal, ressassant de spectacle en spectacle un drame familial pour mieux s'en défaire, et qui présentera en octobre Maria Dolores où s'entrecroisent films, opéras et jeu. Telle aussi la marionnettiste transformiste allemande Ilka Schonbein qui maintient son habitude de faire littéralement sortir d'elle-même un bestiaire de contes.

A noter aussi, absolument, la reprise de Casimir et Caroline d'Odon von Horvath dans la mise en scène de Valentin Rossier, réussite de la saison dernière. Le Genevois, tout d'abord adorateur exclusif des œuvres de Shakespeare, a prolongé son infidélité avec le dramaturge hongrois en montant Figaro divorce, il y a quelques semaines à la Comédie de Genève. Là encore, il a su imposer un rythme et une intimité presque cinématographiques tout en faisant fête au théâtre. Les Epis noirs reprennent Flon Flon ou la véritable histoire de l'humanité avec cette faconde de maîtres-chanteurs du verbe où le sordide des trottoirs de Paname se retrouve étrillé pour le meilleur et pour le rire.

Plusieurs premières venues en Suisse côté danse avec un bal tango d'Argentine, La tipica du Cuarteto Cedron et le Nuevo Ballet Espanol et son flamenco Furia. Après un mois de représentation à Genève, une durée toute à fait exceptionnelle pour un spectacle de danse contemporaine, Le poids des éponges de Guilherme Botelho prend la route. La halte valaisanne sera aussi la seule incursion en terres helvétiques pour le jazzman français Christian Escoudé et son hommage à Django Reinhardt. Enfin, Mathieu Menghini, directeur qui a l'animation chevillée au coeur, a convié Albert Jacqard et Michel Butor pour deux conférences. Le généticien parlera de «l'homme sous le regard de la science»; l'écrivain d'Arthur Rimbaud. Moments d'exception…

Théâtre du Crochetan, rue du Théâtre 6, Monthey. Rens. 024/ 475 79 11.