Col roulé bleu nuit sur fond théâtral rouge. La comédienne et metteur en scène Martine Paschoud ne se donne pas volontiers en spectacle. L'ex-directrice du Théâtre de Poche à Genève a beau courir les scènes depuis trente ans, elle n'a jamais cédé à la tentation du confessionnal. Par excès de pudeur, sans doute. L'actrice, qui a tiré avec bonheur sur la corde de la comédie (elle était épatante en bourgeoise effarée dans le Monsieur Bonhomme et les incendiaires de Claude Stratz), a pourtant décidé de passer aux aveux. A condition qu'ils soient poétiques et pianotant. Elle livre dès ce soir à la Comédie de Genève et jusqu'au 16 avril quelques jolies fugues de vie, entre barricades rêvées et tendresses volées. Elle a appelé ce solo Un piano dans les Alpes, en pensant à Après le déluge de Rimbaud.

Un piano à queue sur une estrade. Des rideaux pourpres sur les fenêtres. Quelques tables où boire la confidence, dans le foyer de la Comédie. Tel est le décor amical d'un récital qu'on devine intime. Dans un coin, soucieuse comme avant un grand oral, Martine Paschoud croque dans sa pomme. Et la voilà qui, d'un «scrunch» à l'autre, se met à raconter des histoires de piano. Elle évoque ses gammes qu'enfant elle aimait défaire, elle s'attarde surtout sur une silhouette qui jouait sur un nuage: sa mère, virtuose, dit-elle, qui a dû renoncer à son ambition artistique, famille oblige. «Ce spectacle est un hommage à ma mère. J'ai longtemps voulu devenir pianiste, comme elle.»

Les thèmes de la ballade? Le remue-ménage d'une existence qui a vu l'artiste rejoindre d'abord Charles Apothéloz au Centre dramatique de Lausanne, à la fin des années 60, puis préparer, dans la foulée de Mai 68, l'avènement du grand soir, en semant sur les places des villes des graines de révolte. «Nous promenions nos spectacles sur une camionnette, nous les jouions à la va-vite et nous démarrions en trombe lorsque la police se pointait.» La suite, c'est le Poche principalement qu'elle dirigera pendant douze ans et qu'elle quittera, assommée et triste. «C'était comme une séparation, j'avais tellement de projets pour cette salle, je n'avais pas réalisé que cela durait depuis si longtemps.»

Martine Paschoud, que la peur du vide tenaillait tant, rebondira pourtant très vite, dans L'Ecole des maris de Molière, revue et corrigée par Benno Besson, ou dans Ce soir on improvise de Pirandello, ultime salve de Claude Stratz à la Comédie de Genève. Cela ne l'empêchera pas, entre deux représentations (elle vient de créer Les Alphabètes, de Matthias Zschokke), d'écrire des microfictions intimes. «J'embarque pendant les tournées mon piano électrique, je pianote dès que j'ai un instant et je compose mes mélodies qui sont autant de voix intérieures.» Ce soir, elle livrera sa musique du hasard, le cœur patraque comme jamais. Elle aura donc le trac, même si elle se sait épaulée par ses amis: de Claude Stratz au musicien Nicolas Hafner, en passant par le scénographe Jean-Claude Maret, sans oublier l'accordéoniste Marie-Claire Roulin, qui l'accompagne, ils ont tous joué les accordeurs de luxe. Pour que Martine chante allegro ma non troppo ses petits poèmes en proses.

Un piano dans les Alpes, Comédie de Genève, du 4 au 16 avril à 19 h (tél. 022/320 50 01).