Scènes

Les comédiens, des stars? Non, plutôt des esclaves

Le plus souvent, les acteurs se plient aux désirs des metteurs en scène pour conserver leur travail. Au Grütli, à Genève, un spectacle parle de cette soumission sur plusieurs tons

C’est un drôle de spectacle que livre Diane Muller au Théâtre du Grütli, à Genève. Une traversée qui va de la parodie potache à la poésie surréaliste en passant par une critique froide, coup-de-poing, du monde du travail. Sans oublier la mise à nu du théâtre, puisque les différentes séquences de Mercredi 13 se construisent à vue, dévoilant les coulisses de la création. C’est un spectacle au climat changeant, donc, où quatre protagonistes racontent la blessure qu’a vécue la comédienne, le mercredi 13 avril 2013: un brutal licenciement après quatre ans de collaboration sans nuage. Pas d’explication, aucun temps de réflexion, mais une exclusion d’un projet en cours, prononcée par le metteur en scène – un Français de Dijon – en vingt minutes chrono. Les Prud’hommes ont donné raison à la paria et ont exigé réparation, mais, pour Diane Muller, qui signe là son premier travail, le pansement devait passer par le plateau. Troublant et puissant.

Pression, évaluations, impératifs de production. Le monde du travail n’est facile pour personne, mais il est particulièrement violent pour les intermittents. Beaucoup d’appelés, peu d’élus, les places de comédien-ne-s sont chères et, contrairement à l’imagerie populaire, les divas sont rarement du côté du plateau. Diane Muller confirme, au tomber de rideau: «On pense que les acteurs sont capricieux, c’est l’inverse. La plupart d’entre nous se plient en silence à des diktats arbitraires et souvent irrespectueux de metteurs en scène tout-puissants. J’ai écrit ce spectacle pour dire: ça suffit. On ne doit plus cautionner des relations déséquilibrées dans lesquelles les comédiens se laissent humilier pour conserver leur boulot.»