En 1979, les spectateurs découvraient ce que la science-fiction a produit de plus terrifiant: Alien, un huis clos spatial dans lequel un extraterrestre décime un équipage. La créature, dessinée par H.R. Giger, était plus terrifiante que toutes les pieuvres du space opera.

Ce film a fondé une mythologie, engendré trois suites, des spin-off et des jeux vidéo. Aujourd’hui, Ridley Scott se retrouve aux manettes de la franchise qu’il a initiée et les fans tremblent d’excitation.

En Ecosse, l’archéologue Elisabeth Shaw (Noomi Rapace) découvre une peinture préhistorique dont le motif rappelle ceux vus en Mésopotamie, chez les Mayas ou les Polynésiens: des géants désignant un système solaire lointain. Pour retrouver ces agents de la Création, la jeune femme embarque sur un vaisseau frété par Weyland Corp. qui porte le nom du titan puni pour avoir dérobé le feu des Dieux.

Avortement d’urgence

Le Prometheus se pose sur une lune à 800 millions de kilomètres de la Terre. Au sein d’un tertre gigantesque, les cosmonautes découvrent une statue humanoïde (rappelant la statuaire de l’île de Pâques), des fantômes holographiques, des cadavres d’humanoïdes géants, des urnes suintant un liquide goudronneux…

Ridley Scott prend un chemin plus métaphysique, mais non moins sanglant, dans une sorte de prequel tangentiel, incluant les progrès technologiques réalisés depuis 1979. On assiste à la chute du vaisseau en forme d’oméga dont l’épave abrite les œufs fatidiques. Mais, petit paradoxe, l’action se situe en 2093, alors que celle du premier Alien se déroule en 2037.

On découvre, hypothèse pan­spermique sinistre, que les titans qui ont manufacturé la vie humaine ne sont pas des ingénieurs bienfaisants, mais des salopards génocidaires. L’alien, cette créature biologiquement parfaite, a été conçue par biotechnologie comme arme de destruction massive, dont on ressent le danger à travers des scènes d’une grande violence fantasmatique – spermatozoïde agressif ondulant dans la mélasse amniotique, avortement d’urgence…

La franchise Alien a le mérite de rappeler la fragilité de l’espèce humaine, non seulement menacée par les xénomorphes insectoïdes, mais aussi par le cynisme du complexe militaro-industriel et le développement des intelligences artificielles – l’androïde Daniel (fabuleux Michael Fassbender), aimable, indifférent, est le personnage le plus fascinant du film, surtout lorsqu’il se mêle de théologie. Quant à Noomi Rapace, elle se pose en digne héritière de Sigourney Weaver. Car la femme est traditionnellement le no future de l’Alien.

VV Prometheus, de Ridley Scott (Etats-Unis, 2012), avec Charlize Theron, Noomi Rapace, Michael Fassbender, Idris Elba, 2h04.