La Vie aquatique, le film le plus original de l'année, a été produit par Touchstone, une filiale du groupe Walt Disney. Comment cette œuvre a-t-elle pu naître dans le cadre du studio le plus rétrograde? En cherchant une réponse à cette question, un désespoir surgit: une telle liberté et un univers aussi singulier auraient-ils la moindre chance en Suisse, devant les commissions, fédérales et autres, d'aides au cinéma? Non. Et ce n'est pas (seulement) un problème d'argent: le scénario du film ne passerait tout simplement pas la rampe des critères objectifs, moraux, historiques, personnels des juges. Tout comme le script du dernier Clint Eastwood, Million Dollar Baby, qui casse toutes les règles de narration et soumet le spectateur à un insoutenable problème de conscience. Tout comme, aussi et entre autres, la plupart des premiers films de cinéastes aujourd'hui célèbres. Tel Duel de Steven Spielberg: quelle commission, aujourd'hui, soutiendrait le premier film, de surcroît un hérétique film de genre, signé par un débutant qui souhaite raconter l'histoire d'un camion fou à la poursuite d'une voiture?

Chaque année, le même constat: des dizaines de films originaux tournés de par le monde ne pourraient pas être montés en Suisse. Une bonne partie de la relève potentielle le sait et se décourage d'office. Aux Journées de Soleure, fin janvier, la Section cinéma de l'Office fédéral de la culture a donné le coup d'envoi à un examen minutieux des régimes d'encouragement. A la question «quels films veut-on en Suisse?», il sera, malheureusement, surtout question d'argent.