La réforme de l'aide fédérale au cinéma entre en vigueur aujourd'hui1er juillet. Le temps de l'observation, et de l'indulgence envers Nicolas Bideau, est donc terminé. Un an après sa nomination, le chef de la section cinéma auprès de l'Office fédéral de la culture sera désormais moins jugé sur ses coups d'éclat, ses petites phrases et l'image médiatique dont il se délecte, celle de Monsieur cinéma suisse. C'est son travail, moins glamour, qui sera enfin sur la sellette.

Pour mesurer son influence sur le cinéma suisse, il faudra encore attendre que des projets expérimentent son système de filtrage et prouvent que ce dernier remplace avantageusement les anciens rouages. Lourde tâche: la politique qui a précédé Nicolas Bideau a, malgré ses indéniables défauts, généré les succès de Mais im Bundeshuus, Grounding ou Je m'appelle Eugen.

La quête du succès est justement la principale philosophie qui anime la réforme actuelle: marketing, promotion, public cible sont les mots qui reviennent le plus souvent dans son plan d'encouragement au cinéma pour les années 2006 à 2010.

Chercher le public est certainement vertueux dans un milieu qui s'étrangle encore devant le mot «populaire». Mais faut-il pour autant mener la Confédération à une reconversion? Les nouveaux textes et structures induisent en effet que l'Etat producteur, soucieux de protéger la diversité et la liberté de création, devient un Etat distributeur, une Migros du cinéma suisse moins soucieuse des films que de leurs campagnes publicitaires. Dès qu'ils soumettront à Berne l'embryon d'un projet, les cinéastes suisses seront en effet interrogés sur l'impact de leur film. Pas besoin de décodeur: entre les deux natures du cinéma, art et industrie, les réformes de Nicolas Bideau penchent vers la seconde.