Depuis toujours, le rock s'amuse à faire peur. Des démons du blues à Marilyn Manson, du cercueil de Screamin'Jay Hawkins à l'échafaud d'Alice Cooper, beaucoup coursent en scène des diables de carton-pâte. Et l'art de la provocation est ainsi fait qu'il exige sans relâche de plus cinglants outrages.

Dans sa manière d'allier discours morbides et imagerie para-nazie, le groupe Rammstein flirte avec une limite que l'on voudrait croire indépassable. Celle qui fait qu'un trait d'esprit comme le célèbre «Durafour crématoire» de Jean-Marie Le Pen ne demeure pas impuni. Et la tentation est grande d'assimiler les provocations balourdes du groupe allemand avec les dérapages calculés de l'extrême-droite.

Certains l'ont fait, sans parvenir à démontrer la culpabilité de Rammstein. Et quand bien même le groupe n'a cessé de s'en disculper, l'association de la langue allemande, d'un genre musical agressif et de l'imagerie militaire pose encore problème. Parce que beaucoup ont en mémoire tout ce que l'amplification moderne a apporté aux nazis. Et qu'il subsiste toujours, jusque dans les concerts les plus inoffensifs, le soupçon que le rock, en annexant pendant quelques heures la foule à son propos bruyant, alimente les instincts grégaires les plus alarmants.

Que l'on se rassure, cependant. Avec son cirque morbide, son show grotesque où la mâle assurance en prend pour son grade, Rammstein ne recrute pas de nouvelles jeunesses hitlériennes. Parce qu'à l'école du cinéma d'action et des jeux vidéos, ces nazillons d'opérette sont de ceux que l'on dégomme en mangeant des pop-corn. Et qu'un groupe de néo-nazis ne s'accommoderait pas d'un festival où le métissage est roi.