Le rapprochement n'a rien de spectaculaire. Chacun se tient sur son quant-à-soi. Mais voici qu'un coup de projecteur, à l'occasion du trentième anniversaire du Musée Barbier-Mueller, révèle cette situation inavouable, ridicule, transmise d'une législature à l'autre par les édiles genevois. Une institution privée, admirée pour ses collections et respectée pour son travail scientifique, maintenue à l'écart de la vie de la cité, par méfiance vis-à-vis du privé. Dans le même temps, Barcelone ajoute fièrement à sa couronne le Musée Barbier-Mueller jumeau, consacré à l'art précolombien.

Refus de bénéficier de ressources culturelles gracieusement disponibles. Ponts coupés entre la petite maison de la rue Jean-Calvin, le Musée d'ethnographie (d'avant Jacques Hainard) et même l'Université! Méfiances et raideur au détriment de la circulation des connaissances, de l'accès au plaisir de la découverte, qui punissent en premier lieu le public genevois. Mais voici que surgissent les derniers-nés: le musée Bodmer, celui de la Réforme. Voici que les musées privés s'organisent et s'activent. Genève, qui vit essentiellement de banque et d'argent, renonce à la coquetterie de ses fausses pudeurs.