Une fois de plus, Patrice Mugny a entrepris ses affaires culturelles de manière plutôt bruyante. Quelle manière? Décider d'abord, discuter ensuite. Après avoir déterré le dossier municipal de la nouvelle Comédie et accéléré le sauvetage du Ballet du Grand Théâtre, il vient à nouveau de frapper un coup finaud en négociant avec Dieudonné cette lettre d'excuses aux citoyen (ne) s de la République. Manœuvre inédite, qui calmera sans doute un landerneau proche de l'ulcération à l'annonce, mercredi, de son refus de mettre à disposition une salle de la Ville pour un artiste qui avoue maintenant que certains de ses dérapages verbaux ont pu être blessants pour la communauté juive.

Bien sûr, le contexte genevois n'est pas le contexte français, où de fortes tensions entre juifs et musulmans secouent actuellement l'opinion. L'attitude repentante de l'humoriste est louable, même s'il n'est pas impensable de croire que les annulations successives de ses spectacles aient pu commencer à lui donner quelques craintes pour sa carrière. Quoi qu'il en soit, la victoire est ici celle du magistrat genevois: il a compris qu'en matière d'appartenance religieuse, le débat ne souffre aucune équivoque, surtout si l'on se met à invoquer les notions d'antisémitisme et d'antisionisme. La tactique est donc d'ordre éthique, même si l'on peut soupçonner que l'argumentation de Dieudonné ne soit pas un cri du cœur spontané mais le fruit d'une négociation avec Patrice Mugny.

L'heureuse et rapide résolution du dilemme consistant à se demander s'il faut condamner l'insulte ou la censure montre que le conseiller administratif a mis le doigt exactement là où il fallait: sur l'ambiguïté de beaucoup de productions artistiques contemporaines, toutes disciplines confondues, où la dénonciation flirte avec la complicité.