Pourquoi la décision de Patrice Mugny et de Charles Beer déçoit-elle? Pourquoi cette impression de «gâchis»? La personnalité et les compétences de la candidate victorieuse Alya Stürenburg ne sont pas en cause. Elle et son équipe offraient en septembre une édition de qualité, dans la lignée de ce que La Bâtie propose habituellement.

Mais en décidant fin février de mettre au concours la subvention de la Ville et de l'Etat, les magistrats suggéraient qu'il y avait des formules potentiellement plus excitantes. Et qu'on pouvait imaginer à Genève un rendez-vous artistique inédit ici, soit ultra-branché, voire huppé; soit inscrit dans une autre temporalité (la nuit, les week-ends etc.) ou dans un rapport moins institutionnel à la ville. Bref, une manifestation qui tranche avec l'offre formidable du reste de la saison; qui donne un air de folie aussi à la cité de Rousseau.

Pourquoi de tels scénarios n'ont-ils pas vu le jour? Par conservatisme. Pour avoir une chance de l'emporter, les candidats devaient remplir un cahier des charges qui est le décalque de celui de La Bâtie actuelle. C'est dire l'étroitesse de la marge de manœuvre.

Tout dans cette affaire dénote le manque d'ambition. Entre fin février et début décembre, il était possible de susciter cent vocations ici et à l'étranger, à condition d'abolir les carcans. Au lieu de cela, Patrice Mugny et Charles Beer ont changé les statuts juridiques d'un festival désormais régi par une fondation. C'est bien. Mais ça n'enthousiasme personne.