Pour une fois, l'habituelle déploration qui suit les prix littéraires français n'est pas de mise cette année. Le Goncourt récompense un beau roman populaire, un auteur jeune, comme le souhaitaient les frères Goncourt et une maison d'édition, Actes Sud, qui, depuis vingt-cinq ans, était tenue à l'écart des récompenses lucratives.

Mais la vraie surprise est venue du Prix Renaudot, connu pour «réparer» les omissions du Goncourt. Le jury de ce dernier avait laissé entendre qu'il pourrait couronner une œuvre écrite il y a plus de cinquante ans et une romancière disparue à Auschwitz en 1942, Irène Némirovsky, dont les livres ont connu un vif succès avant-guerre. Le Renaudot l'a fait.

Suite française (lire le Samedi Culturel du 6.11.2004) raconte, à chaud, l'exode et les petites lâchetés des Français. «Mon Dieu! que me fait ce pays?» écrit la romancière qui considère la France comme sa patrie. Le manuscrit a été sauvé par une des filles d'Irène Némirovsky et publié grâce à une autre, Elisabeth Gilles, également biographe de sa mère. Cette distinction à titre posthume est une première qui ne fait pas l'unanimité. C'est une exception qui émeut pourtant et donne la satisfaction d'une justice rendue, même dérisoire.