Pour la première fois depuis des années, l'Orchestre de la Suisse romande voit rose. Mais c'est grâce à une stratégie mûrement réfléchie. Pinchas Steinberg n'est pas une figure effacée, on sent qu'il est derrière les choses, qu'il possède un métier, qu'il s'investit dans la promotion et l'assise d'une identité. Pas de recette miracle, mais une démarche éprouvée pour livrer un produit conforme à l'âge d'or de l'orchestre symphonique. Car il ne faut pas se leurrer: un orchestre est un produit comme un autre. L'ombre d'Ansermet plane toujours. Les administrateurs de l'OSR semblent plus que jamais déterminés à rebondir sur le passé. Tous leurs efforts se concentrent sur un service marketing de qualité. L'OSR doit être fiable, compétitif, attentif aux désirs du consommateur. Face à l'audace que réclame une minorité – et on la comprend –, l'OSR ose la politique du tout public.

Cette stratégie est d'autant plus perspicace que Pinchas Steinberg est un chef à l'ancienne. Il a connu les chefs de l'après-guerre, cultive un idéal de l'orchestre symphonique loin de toute révolution esthétique. Rien à voir avec la baguette décapante d'un Nikolaus Harnoncourt, l'éclectisme folâtre d'un Simon Rattle. Son allure posée, teintée d'une attitude un rien débonnaire, le rend profondément humain. Proche de ses citoyens, il promet un avenir ni futuriste ni voyant, mais visionnaire dans sa qualité d'âme.