La crise que traverse le Musée d'ethnographie de Genève est classique. Le nouveau directeur d'une institution riche d'une longue tradition éprouve des difficultés à mobiliser l'équipe dont il hérite. La façon de gérer ce conflit, de la part d'une autorité publique, est en revanche plus inédite. En quelques jours, on assiste à l'exécution sommaire d'un entrepreneur de la culture dont le bourreau, le conseiller administratif Patrice Mugny, dit pourtant qu'il a toutes les raisons d'apprécier ses compétences et son efficacité.

Ninian Hubert a repris en main un musée en état de choc, traumatisé par le refus des Genevois de l'installer dans un écrin flambant neuf. Sous sa direction, le musée s'est très vite remis à exister et à s'inventer un avenir. Le cahier des charges a été rempli. Le renouveau de l'institution, souhaité par la Ville, est en marche. Personne ne le conteste.

Que des employés aient pu se sentir brusqués ne surprend pas. Le directeur reconnaît avoir commis des maladresses. Etait-il abusivement autoritaire ou certains de ses collaborateurs refusaient-ils le moindre changement? L'enquête ouverte par le Conseil administratif devra le dire. Elle ne pourra pas ignorer le rôle joué par Patrice Mugny. Le magistrat a-t-il véritablement assumé son rôle d'arbitre pour que l'abcès ne grossisse pas? Ninian Hubert conteste qu'une véritable médiation ait eu lieu. Mugny a-t-il défendu son directeur – et son ambition artistique – contre un noyau dur déterminé à s'en débarrasser? Ou au contraire a-t-il accéléré sa chute sans lui laisser le temps d'organiser sa défense?

La rapidité et la brutalité qui caractérisent le pourrissement de cette crise suggèrent lourdement que des procédures élémentaires n'ont pas été respectées, au mépris de la réputation et de l'intégrité du directeur du musée. L'ouverture d'une enquête par le Conseil administratif claque comme un désaveu de Patrice Mugny qui recherchait une sanction immédiate. Le magistrat écologiste est coutumier des éclats. Il a déjà plusieurs fois dû revenir en arrière après avoir agi avec précipitation et manque de discernement.