Les Suisses n'ont pas à rougir de leur pavillon à l'Exposition universelle d'Aichi. Il n'est pas vraiment beau mais certainement pas laid. Il joue la carte de la montagne dans une région qui jouxte les «Alpes japonaises», il repose sur un gadget amusant – la lampe de poche qui pointe et qui parle – et de surcroît, il est presque opérationnel alors que d'autres montrent encore un inquiétant chantier. A en croire quelques premiers témoignages, il surprendra.

En faisant cette visite dans une montagne de synthèse, face aux symboles et aux objets révélateurs, on est loin de l'éreintante autocritique narcissique de Séville, sur le mode de «La Suisse n'existe pas». Le pays s'ébroue, un peu, et glisse même une forme de fierté, ce qui ne s'était plus vu depuis longtemps.

Cependant, les concepteurs semblent avoir eu peur de leur propre audace – à vanter le pays, quelle horreur – et donnent à leur enthousiasme une forme complexe, toute en déconstruction et en propos lancés par petites touches. Et ils reviennent quand même aux «mythes helvétiques» pour les discuter, ce que la Suisse fait partout dans le monde depuis des décennies sans comprendre que tout le monde se fiche de ses mythes. En jouant la carte du recyclage – d'objets, de figures historiques, de clichés – les créateurs montrent une Suisse active, qui veut innover, mais qui retombe une fois encore dans son vieux travers, une sorte de postmodernisme convenu à usage interne.

Reste que vu de l'Expo, à côté de certaines outrances promotionnelles, à certains stands qui semblent sortis d'un salon du tourisme de troisième zone, la Suisse affiche sa volonté de garder son cap, une touche artistique à la fois ludique et exigeante. Dans le grand souk mondial d'Aichi, c'est tout à son honneur.