Formé au début des années 90, le projet de nouveau Musée des beaux-arts vaudois avance à pas de sénateur, au gré des aléas économiques et politiques, dans un environnement où l'enthousiasme fait singulièrement défaut. Un rythme et un climat particulièrement propices à la prise d'otage. Voici qu'un groupe de citoyens, sans dénominateur commun autre que la défiance à l'égard de l'action publique, demande, par musée interposé, réparation pour l'échec urbanistique de la place de la Riponne. La démarche a-t-elle le pouvoir de bloquer un processus institutionnel qui s'est prudemment déroulé dans toutes les règles de l'art démocratique? Elle permettra en tout cas de vérifier la force des pesanteurs historiques.

En 1906, à peine installé dans le Palais de Rumine, le directeur du Musée cantonal des beaux-arts déclare l'espace «trop petit». Or, un siècle plus tard, l'institution s'y trouve encore, en dépit d'une insatisfaction exprimée sans relâche, malgré des difficultés de fonctionnement criantes et désormais fortement handicapantes. Pourquoi les Vaudois ont-ils négligé leur musée? Est-ce méfiance culturelle à l'égard des images? Est-elle irréversible? La suspicion à l'égard de l'expression visuelle, surtout contemporaine, prévaudra-t-elle sur le besoin et l'envie de changement? Lorsque, à la faveur de l'Exposition nationale de 1964 par exemple, les images nouvelles ont fait irruption, les Vaudois y ont puisé une vitalité dont ils se souviennent encore. D'un coup, ils se sont engagés dans une ère perçue, aujourd'hui encore, comme palpitante. Cela s'est produit, rappelons-le, à Vidy et sur le site de Bellerive...