Qui ? Andrea Camilleri

 

Titre: La Chasse au trésor

Trad. de l’italien par Serge Quadruppani

Chez qui ? Fleuve noir, 296 p.

«Si quelqu’un doit se reconnaître dans mes personnages, c’est qu’il a plus d’imagination que moi», écrit Andrea Camilleri dans l’habituel texte de prudence artistico-juridique en fin de roman (tout ceci n’est que fiction, etc.). En effet, il faut beaucoup d’imagination pour se retrouver dans les figures de Gregorio et sa sœur Caterina, qui occupent le début de cette Chasse au trésor. Deux bigots armés jusqu’aux dents, qui se mettent à tirer sur la foule depuis leur balcon, et qui occupent un appartement-capharnaüm dans lequel le commissaire Montalbano trouve notamment une curieuse poupée gonflable blessée, rafistolée avec des rustines. Peu après, une passante signale un corps dans une poubelle, en fait, une autre poupée de caoutchouc.

 

Cette affaire démarre drôlement. Dans tous les sens du terme: Andrea Camilleri, qui fêtera ses 90 ans en septembre – ce roman a été publié il y a 5 ans en Italie – semble tenir une forme pétaradante. Durant la première partie de son histoire, l’esbroufe générale autour de l’attachant Montalbano atteint des sommets. Catarella, son préposé au téléphone, est aussi dadais qu’à l’ordinaire. Montalbano lui-même fait toujours sa petite marche après son déjeuner de rougets chez Enzo, il peste contre des mots tels que «précariat», «stigmatiser», «résilience» ou «déchetterie» (pour le dernier, on comprend moins)… A propos de mots, le traducteur Serge Quadruppani se décarcasse pour colorer sa langue en épousant les siciliennes exubérances de l’original. Jours presque ordinaires à Vigàta.

Sauf qu’en cours de route, Montalbano est contacté par un correspondant qui lui adresse des vers renvoyant à un jeu de mystères, la chasse au trésor du titre. Qu’une jeune femme est kidnappée. Que les doutes les plus terribles naissent à propos du sort réservé à cette fille de 18 ans. Soudain, Vigàta s’assombrit. Montalbano aussi, le lecteur itou.

La dernière enquête du commissaire possède cette double face. Un moment truculent, puis un deuxième instant, glaçant. La petite tragicomédie de Montalbano et son entourage flirte d’abord avec l’auto-parodie, avant de bifurquer. Nulle maladresse dans ce virage. L’écrivain semble rappeler la régulière atrocité de l’humain. Contrebalancée par son bonhomme de commissaire.