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La Commune de Paris en direct

Les notes d’un témoin parisien de 1871 ouvrent les portes de l’éthique bourgeoise du XIXe siècle, moins stéréotypée qu’on l’imagine

Genre: Journal
Qui ? Henri Dabot
Titre: Griffonnages quotidiens d’un bourgeois du Quartier latin
Chez qui ? Mercure de France, 336 p.

«28 mars 1871: Je vois le drapeau rouge flotter à la porte de la Sorbonne. Je le reçois comme un coup de poignard planté dans le cœur.» Henri Dabot, avocat et garde national, assiste douloureusement à la prise du pouvoir de sa ville par les «exaltés», qui tiendront deux mois contre les bombes de Versailles, et consigne tout ce qu’il voit ou entend.

Ce témoin n’est pas une personnalité exceptionnelle, et c’est précisément ce qui fait l’intérêt de ses «griffonnages»: républicain modéré, bon catholique, chatouilleux sur l’honneur de la patrie, il est l’essence même de la classe aisée du XIXe siècle. Et pourtant son jugement n’est pas aussi prévisible qu’on l’imagine. En avril 71, il écrit: «La garde fédérée est vaincue toujours, mais son courage est grand.» En 1895, dans des notes complémentaires en vue de la publication de son journal, Dabot s’étonne lui-même: «Je me surprends encore en flagrant délit de note communarde.» Contagion révolutionnaire, autocensure? Probablement un peu des deux.

Certaines scènes rapportées montrent aussi que la Commune n’est pas qu’une affaire de classes: des arrestations de curés provoquent de vives protestations, y compris parmi le peuple.

Son regard sur la fin de la Commune, qui se solde par l’exécution sommaire de dizaines de milliers d’insurgés, reflète encore ces paradoxes: rétrospectivement, il parle de «punition légitime», mais déplore sur le moment l’acharnement de la justice contre les anciens geôliers des otages de la Commune.

Entre sa répulsion pour les extrémistes de gauche et sa compréhension hugolienne pour les «pauvres victimes de fous qui les ont suivis parce qu’ils avaient faim», cet homme ordinaire nous fait entrer subtilement dans un monde aux valeurs taillées à la hache par la dureté des temps.

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