Donner envie de se déhancher, quand tout autour de soi invite à la raideur. Apprendre à se jouer de la gravité, entre deux exercices d'algèbre. S'affranchir du regard de l'autre, qui normalise le mouvement. La chorégraphe Caroline de Cornière, la trentaine aussi fine qu'acrobatique, ne se gave pas de ces beaux principes. Elle en fait profiter, dans une salle de répétition du Forum de Meyrin, une vingtaine d'enfants, entre 9 et 11 ans, plus familiers du footballeur David Beckam que de Merce Cunningham. La cofondatrice d'Alias, l'une des compagnies genevoises qui tournent le plus à travers le monde, joue ici les Pygmalion, ouvrant grandes à ses pupilles les portes d'un restaurant surréaliste, celui de L'Odeur du voisin, que le public pourra aussi humer ce soir et demain. Avant-goût donc du spectacle que ce groupe découvrira jeudi avec vingt autres classes, dont neuf auront eu droit à l'initiation.

Le temps d'un tango

Cette jeunesse en survêtement goûtait donc l'autre matin à ce privilège rare: changer de peau le temps d'un tango. Premiers pas encore engourdis devant la caméra du chorégraphe brésilien Guilherme Botelho, qui codirige Alias. Deux heures et demie pour assouplir son imagination. «Mon objectif est de conquérir de nouveaux adeptes pour éviter que notre art ne meure faute de spectateurs, explique Caroline de Cornière. A Genève, la sensibilisation se fait essentiellement à travers le ballet du Grand Théâtre et très peu à travers la danse contemporaine.»

La jeune femme veillerait-elle donc seule aux moissons de demain? Pas tout à fait. A Lausanne, Philippe Saire et sa compagnie, qui reprennent ces jours Les Affluents, poursuivent un objectif identique. Ils présentent des extraits de leur spectacle à des élèves du gymnase et leur proposent de se familiariser avec le métier dans leurs murs du Théâtre Sévelin 36. Différence? Alias ne reçoit pas dans ses locaux de Sécheron qu'elle est condamnée à quitter d'ici au printemps (le quartier se transformant en vaste chantier), mais à Meyrin. «C'est une première étape, note Caroline de Cornière. Je compte bien, si les pouvoirs publics nous soutiennent, développer ce travail ici. C'est d'autant plus intéressant que c'est une commune populaire. Or, je tiens à la démocratisation de la danse.» A mesurer la fièvre des initiés, il est sûr qu'elle a fait avancer sa cause.

«L'Odeur du voisin», Forum de Meyrin, les 5 et 6 nov, à 20 h 30 Loc. 022/989 34 34.