Boîte à souvenirs grecque

On entre dans le deuxième long métrage de la Grecque Penny Panayotopoulou comme Amélie Poulain découvrant la boîte à souvenirs oubliée d'un petit garçon. Ici, le gamin s'appelle Elias et ce grand film le croque au printemps 1969. Grand film, la coproduction gréco-germanique que constitue Adieux difficiles en a, dans les premières minutes, les atours. Enfant d'un couple qui se déchire, Elias adore son papa plus que tout. Mais il le perd dans un accident de la route. Et, tandis que Neil Armstrong se prépare à faire un petit pas sur la lune, Elias ne parvient à accepter le deuil.

D'un soin esthétique et décoratif sans pareil dans sa première partie, Adieux difficiles inspire le meilleur: la caméra glisse sur les souvenirs, mélange harmonieusement chansons d'enfance et voix off. Or il se trouve que, comme son héros, Penny Panayotopoulou peine elle aussi à fabriquer le deuil.

A partir de la mort du père, en effet, son film se fige sur place et n'aligne plus guère qu'une suite d'instantanés. Le petit acteur lui-même, spontané dans le bonheur du début, semble reproduire les gestes mécaniques d'une chorégraphie imposée. C'est sans une figure de style volontaire, mais elle produit un effet artificiel qui engendre davantage d'ennui que d'émotion.

«ADIEUX DIFFICILES» (Diskoli Apocheretismi: O Babas Mou), de Penny Panayotopoulou (Grèce, Allemagne). Me 7, Fevi, 14 h; Je 8, Rex, 11 h; Ve 9, Otello, 18 h 30.

Femme en cage enragée

Comme sa collègue grecque Penny Panayotopoulou, le Français Alain Raoust filme, pour son premier long métrage après une carrière d'assistant, un deuil. Plus exactement, il s'intéresse à la culpabilité et au désir de pardon d'une jeune femme tout juste libérée par la justice après avoir assassiné un jeune garçon. La Cage suit en effet la dérive d'Anne Verrier (Caroline Ducey, cent fois plus juste et intense que dans Romance, le film de Catherine Breillat qui la révéla), dérive par monts et par vaux où l'héroïne, silencieuse et enragée, part à la rencontre du père de sa victime pour obtenir, peut-être, son rachat.

Mais il faut attendre longtemps avant de s'accrocher aux wagons d'un film qui résiste stylistiquement au spectateur. Le pari de la lenteur, de la contemplation et du silence produit peu de métaphores et n'exprime pas grand-chose, hormis dans une ou deux scènes (Anne et sa mère; Anne et le sage des montagnes). Le principal malheur du film, c'est de rappeler Le Fils, dernier film des frères Dardenne présenté à Cannes, dont l'histoire est une inversion de La Cage: un père suit et observe le jeune tueur de son fils. Mais comparaison n'est pas raison, surtout pour La Cage qui n'a pas, malgré des efforts d'ascète, la tenue frissonnante, bouleversante, dont les Dardenne sont capables. On reste désespérément en dehors de La Cage.

«LA CAGE», d'Alain Raoust (France). Me 7, Fevi, 16 h 15; Je 8, Rex, 22 h.