Parmi les nombreux films en compétition présentés avant le palmarès de dimanche (trois par jour!), Chicken Poets, du Chinois Meng Jing-Hui, s'illustre par au moins une originalité: l'humour. Car on ne rit guère devant ce concours 2002, et cette fable délirante le rappelle. Le premier plan du film où un personnage face à la caméra se prend une tomate en pleine figure laisse augurer d'une suite pour le moins joyeuse. Et elle l'est, surtout en regard de la provenance du film, la Chine, rarement encline à déraper dans les contrebas burlesques de Charlie Chaplin ou de Jacques Tati.

De fait, voici une comédie acide où une bande de poètes professionnels (et fauchés comme les blés) décide de rejoindre le troupeau de la nouvelle économie chinoise en se spécialisant dans l'élevage de poules noires qui pondent des œufs noirs. Yun Fei, le personnage principal, poète compulsif et homme d'affaires sceptique, rencontre, entre autres personnages étonnants, une jeune fille qui ne distingue pas les couleurs et qui cherche à s'évader de son village en noir et blanc. Construit en sketches d'une inventivité visuelle aussi maîtrisée qu'hilarante, ce premier long métrage d'un ancien du théâtre expérimental chinois apporte une métaphore critique qui écorne son pays.

«CHICKEN POETS» (Xiang Ji Mao Yi Yang Fei), de Meng Jing-Hui (Chine). Ve 9, Otello, 21 h 30.