Froissés par l'absence jamais vue de tout film italien en compétition à Cannes, nos voisins du Sud entendent prouver à Venise que leur cinéma vaut mieux que ce qu'on dit de lui. Eh oui, en matière de cinéma aussi, les susceptibilités nationales vont bon train. A Berlin en début d'année, les Allemands, pareillement échaudés, avaient comme par hasard raflé un certain nombre de prix. A San Sebastian, fin septembre, les Espagnols aussi comptent redresser la tête. Mais Cannes, avec sa réputation de plus prestigieux festival du monde, reste LA référence et ne pas y être convié revient à un affront. Forts de leur domination incontestable, les Français tendent certes à oublier un peu trop rapidement leurs confrères européens, mais d'un autre côté, presque aucun film n'a démérité cette année dans un cru cannois de grande qualité…

Leur colère retombée, les Italiens ne se sont au moins pas montrés revanchards: trois films français (Xavier Beauvois, Raoul Ruiz et Barbet Schroeder) plus quatre coproductions se retrouvent en compétition, et cinq autres en sections parallèles (Claude Chabrol, Benoît Jacquot, Robert Guédiguian, Tony Gatlif et Philippe Faucon). Cependant, pour se mesurer sur pied d'égalité, ils n'ont cette fois pas hésité à sélectionner quatre des leurs: Marco Tullio Giordana (I Cento passi), Gabriele Salvatores (Denti), Carlo Mazzacurati (La Lingua del Santo) et Guido Chiesa (Il Partigiano Johnny). Dans les sections parallèles, ils présentent encore cinq autres films (signés Roberta Torre, Isabella Sandri, Matteo Garrone, Pasquale Scimeca et Tonino De Bernardi). Rien qu'à la lecture des noms, on devine pourtant le déséquilibre. A part Mazzacurati, Lion d'argent en 1994 avec Il Toro et vraiment méconnu, les autres sélectionnés ont encore tout à prouver.

Apparemment, les quelques grands noms que compte encore le cinéma italien (les Taviani, Bertolucci, Bellocchio, Avati, Del Monte, Amelio, Benigni, Moretti, Tornatore, Lucchetti) n'avaient rien de prêt. Plus grave, c'est sur l'ensemble du front festivalier que l'Italie n'a guère brillé. A Berlin, le seul film en compétition, Prime Luci dell'alba de Lucio Gaudino est passé

inaperçu. A Cannes, seuls Pane e tulipani de Silvio Soldini (coproduction helvétique avec Bruno Ganz qui a trusté tous les prix Davide Di Donatello, équivalent italien des Césars) et Preferisco il rumore del mare de Mimmo Calopresti, ont marqué une présence italienne hors compétition. A Locarno enfin, Paolo Benvenuti, Prix spécial du Jury avec son film historique Gostanza di libbiano, sauvait l'honneur d'une cinématographie quasi absente.

La Mostra jouera donc son va-tout pour renverser la vapeur. On devine que la presse nationale sera sur les dents, malgré un penchant marqué pour l'autoflagellation. Reste à savoir si le jury international se laissera convaincre.